CULTURE SANG & OR

Seko, le lanceur d’attaques

L’une des grandes forces du RC Lens, cette saison, c’est le milieu. On parle souvent des pistons (surtout le droit), mais l’impact que met le milieu de terrain est colossal. Pour des raisons de clarté, nous parlerons dans ce billet du trio Doucouré-Fofana-Kakuta, qui semble petit à petit s’imposer dans la hiérarchie. Tout en considérant qu’un joueur comme Cahuzac reste un titulaire en puissance. Dans cette démonstration, Cahuzac serait le remplaçant naturel de Doucouré dans le rôle de récupérateur, quand Doucouré prend le relais de Fofana en box-to-box. Mauricio est quant à lui le remplaçant naturel de Kakuta.


Ici, le focus sera porté sur Seko Fofana, présenté comme recrue phare du mercato lensois, et qui ne cesse de monter en puissance depuis son entrée dans le onze de Franck Haise. Suite à son arrivée de l’Udinese, Fofana a dû d’abord soigner une blessure musculaire contractée en Italie, conséquence d’un restart très intense et durant lequel l’Udinese a dû croiser le fer jusqu’au bout afin de se maintenir en Serie A.

Après une rechute contre Bordeaux à domicile, Fofana se lance véritablement dans le bain contre Reims (4-4) puis à Dijon (1ère titularisation) pour monter en puissance et s’imposer aujourd’hui comme un élément plus qu’important du système de jeu lensois.

Se servant parfaitement d’un Cheick Doucouré brillantissime à la récupération, l’international ivoirien (4 sélections) est l’une des rampes de lancement dans le jeu. Ses courses permettent au bloc lensois de très vite se projeter vers l’avant, mais également d’effectuer des replis défensifs express. Parfois récupérateur, souvent perforateur, Fofana sait également éliminer dans les petits espaces par des subtils dribbles.

On vulgarise souvent la composition de Franck Haise au 3-4-1-2 que tout le monde a en tête. La lecture ne peut se faire sans un regard porté aux mouvements des joueurs, et aux espaces sans cesse créés par les déplacements avec ou sans ballon. A la simple vue de la heatmap de Fofana, on se rend compte du rôle de ce dernier. Capable d’assurer les transitions attaque / défense, mais également les lancements défense / attaque. Il est présent sur environ 50%, couvrant de manière homogène les 2e et 3e quart du terrain (voir la heatmap moyenne de Fofana ci-après).

Vulgarisation d’un schéma tactique du RC Lens en phase offensive

Mais ce que l’on voit de plus en plus au fil des matchs, c’est la capacité de Fofana à se retrouver dans la surface de réparation, lancé à pleine vitesse pour finir son action dans un rôle de finisseur. Un peu à l’instar d’un pivot au basket qui arrive au dernier moment pour perforer la raquette adverse et claquer un énorme dunk in your face. Que ce soit contre Montpellier (à domicile), à Reims, et donc contre Dijon, Fofana se retrouve régulièrement à la finition.

L’activité visible de Fofana est dantesque. Il apporte son soutien à Doucouré dans les tâches de récupération de ballon grâce à ses courses, et se projette très rapidement vers l’avant. En d’autres termes, Lens peut presque s’enorgueillir de jouer avec deux récupérateurs (Doucouré, Fofana) en phase défensive, et deux meneurs (Kakuta, Fofana) aux profils complémentaires en phase offensive. C’est un joueur qui assume un véritablement dépassement de fonction, comme peuvent le faire beaucoup de ses coéquipiers (difficile d’en sortir un autre du lot), et c’est aussi une des explications de la saison tonitruante du RC Lens.

Heatmap de Seko Fofana

Comme dit précédemment, Fofana excelle dans le lancement des offensives. Il part généralement de plus loin de Kakuta, exploitant ses qualités athlétiques. Très régulièrement, le Franco-Ivoirien se retrouve à hauteur de Kakuta. L’axe du terrain fixe l’espace pour les pistons, qui eux même étirent le bloc adverse pour permettre au duo Kakuta-Fofana d’exploiter les demi-espaces. Les deux attaquants de pointe peuvent alors servir de point d’appui (quand l’action arrive de l’axe) ou de finisseur (sur les centres).


A mesure que la saison progresse, le rôle de Fofana prend de l’épaisseur dans le collectif lensois. Match après match, il tend à se retrouver en position de finisseur, et c’est bien cela qui m’intéresse. La heatmap moyenne de Kakuta démontre que le Franco-Congolais a une tendance à dézoner dans le demi-espace droit, s’ouvrant ainsi un angle intéressant pour son pied gauche magique. L’alter-égo Fofana en profite pour exploiter le demi-espace gauche, et ainsi se retrouver lancé ou positionné dans une zone de tir que son pied droit devrait petit à petit exploiter, en atteste son but contre Dijon en J26 et ses passes décisives à Rennes ou à Monaco, ou encore ses frappes flirtant avec les poteaux à Reims ou à Saint-Etienne.

Heatmap de Gaël Kakuta

L’hypothèse que je formule ici est la suivante : on parle souvent d’un jeu lensois qui penche à droite, via l’activité hypersonique de Jonathan Clauss. Effectivement, le profil de Haidara ne permet pas un rendement symétrique sur le côté gauche. Toutefois, j’ai le sentiment que la capacité de perce-muraille de Seko Fofana offre au RC Lens la possibilité d’exercer une pression forte sur le demi-espace gauche, ce qui amène un équilibre. On observe que Fofana démarre souvent ses actions perforatrices en se collant à la ligne de touche, côté gauche, très proche de son piston.


Récemment, la question fut posée à Fofana afin de savoir si ce dernier pourrait à terme devenir une solution de substitution à Kakuta afin de pouvoir faire souffler ce dernier. La réponse du Franco-Ivoirien est limpide : il est et compte bien rester un pur box-to-box, rôle dans lequel ses courses lui permettent d’exploiter ses capacités naturelles.

Fofana, c’est cette rampe de lancement qui permet au RC Lens de varier son jeu et de ne pas dépendre du seul circuit préférentiel “Gaël Kakuta”, comme beaucoup le craignaient en début de saison. Cette dimension est très prometteuse, et on peut tout à fait imaginer Fofana améliorer sa réussite dans la passe et devant le but dans les prochains mois. Un numéro 8 sang et or qui délivre et qui conclut, ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Ecrit par Antoine (@l2F_bm)

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