CULTURE SANG & OR

Sarah M’Barek : «On va tout faire pour répondre à l’attente du club, parce qu’on nous donne des moyens. C’est ce que j’explique aux joueuses. »

Invitée de l’épisode 20 de l’émission Culture Sang et Or, Sarah M’Barek, manageure et entraîneure du RCL féminin revient sur sa carrière et le projet du Racing.

Sarah M’Barek | ©VDN

Sylvain Creis : Coach, manager, tu es plus qu’une coach au RC Lens pour les Féminines ?

Sarah M’Barek : Oui en effet, j’ai une double fonction : j’ai une fonction de manager, et puis entraîneur de l’équipe première, avec l’objectif de structurer cette section féminine et de la faire évoluer le plus rapidement possible, et le plus sereinement possible.

Sylvain Creis : On va commencer par te présenter, en dire un peu plus sur toi. Ancienne joueuse professionnelle notamment, passée par Montpellier. Tu as commencé à coacher à Montpellier, très jeune, puis tu as eu une expérience internationale avec Djibouti (ndlr : Sarah M’Barek a également entraîné l’EA Guingamp pendant cinq saisons entre Montpellier et Djibouti) et là tu arrives dans le projet RC Lens. Raconte-nous déjà ta carrière ?

Sarah M’Barek : Ma carrière d’entraîneur ou de joueuse ?

Sylvain Creis : De joueuse ! En plus il y a eu l’équipe de France, ce n’est pas rien (rires) !

Sarah M’Barek : J’étais en sélection de jeunes depuis mes 14 ans, j’ai fait un peu mes classes. Et puis j’ai eu ma première sélection en 1997, à 20 ans, contre la Suisse, ou l’Italie, j’ai un doute. J’ai côtoyé le très haut niveau. Je n’ai pas beaucoup joué, j’ai toujours été sélectionnée mais en terme de nombre de sélections ce n’est pas très élevé (18), mais par contre j’étais dans le groupe à chaque fois. C’est ce qui a développé mon envie d’être entraîneur, d’être sur le banc et développer cette faculté à analyser les choses. A ressentir des choses très difficiles, parce que quand on ne joue pas c’est dur. D’être capable d’en parler avec son entraîneur. J’ai développé cet esprit d’analyse en étant sur le banc.

A côté de ça, j’ai eu la chance de pouvoir évoluer en première division, à la Roche sur Yon puis à Montpellier, où j’ai joué pendant six ans. Et puis j’ai eu un problème de santé. J’ai été greffé du rein en 2006. Quand on est greffé du rein, on est greffé dans la fosse iliaque, et c’est très exposé aux chocs. Donc je m’étais promis d’arrêter complètement ma carrière de joueuse si cela arrivait, et c’est arrivé, du coup j’ai mis un terme à ma carrière. Et puis j’ai enchaîné tout de suite au poste d’entraîneur, j’ai eu cette opportunité offerte par Louis Nicollin de pouvoir reprendre l’équipe première, l’équipe avec laquelle j’avais joué deux années avant. Avec des joueuses qui étaient des amies, c’était un petit peu compliqué au départ. J’ai relevé ce défi et je suis resté 6 ans à la tête de cette équipe.

Sylvain Creis : Et puis des titres en tant que joueuse, et coach, ça s’est joué à rien ?

Sarah M’Barek : Oui ça s’est joué à rien. Les années montpelliéraines ont été très fructueuses en termes de titres ou en termes de compétitions.  On a gagné la Coupe de France, on a joué la Ligue des Champions , on est allées jusqu’en quart de finale. On est éliminées, sans avoir perdu, par un match nul. Ca reste une très très belle expérience, et c’est ce qui m’a vraiment donné envie de poursuivre sur cette voie parce que j’ai senti que c’était fait pour moi.

Sous les couleurs de Montpellier HSC | ©l’équipe


Sylvain Creis : Et derrière, Guingamp, Djibouti, et puis quelque chose qui te caractérise, et qui transpire dans ces projets : on te dit “bâtisseuse” ?

Sarah M’Barek : C’est vrai qu’à chaque fois, ce sont des projets qui demandent de la construction, de l’investissement, du temps pour pouvoir mettre en place des choses, de la formation notamment, et puis des choses qui perdurent dans le temps. Une certaine  stabilité, et ça me caractérise. Que ce soit Montpellier, Guingamp ou même Djibouti où ça n’a duré qu’une saison, on a réussi en peu de temps à construire des choses qui, je pense, vont avoir des conséquences rapidement, car ça se passe bien avec la personne qui a pris le relai. Et Lens, qui de par ses valeurs, son histoire, m’a attirée et c’est vrai que je suis très très contente d’être ici. Ça se passe bien, même si c’est une situation et une saison particulières. On sent qu’il y a une très bonne motivation, une grande envie de faire évoluer la section féminine, et je suis très très motivée !

Sylvain Creis : Est-ce que tu peux nous présenter ce projet RC Lens Féminins ?

Sarah M’Barek : L’objectif c’est de pouvoir structurer tout ce qui est catégorie de jeunes, car il y avait déjà des choses mises en place. Maintenant il faut être capable de donner l’esprit et les valeurs du RC Lens, d’inculquer aux jeunes l’esprit de compétition, la culture de la gagne, l’envie d’aller au haut niveau et de jouer avec cette équipe première. Et puis pour l’équipe première, l’objectif c’est de monter en première division. C’est dur avec cette saison un peu compliquée, mais on s’était fixés deux-trois ans, sans se fixer de date, mais le plus rapidement possible. Mais avec l’envie et l’objectif de ne pas faire la navette, vraiment de construire une équipe et un projet qui puisse durer et perdurer en première division.

Amaury Demonchaux : Quand tu es arrivée Sarah, quelle est la synthèse que tu as faite ? Tu as analysé tout ce qui se passait au niveau de la formation. Est-ce que pour toi il y avait déjà une vraie belle base qu’il faut juste sublimer et apporter l’expertise professionnelle ? Ou est-ce qu’il y a beaucoup de travail et tu penses que ça va prendre beaucoup de temps ?

Sarah M’Barek : Il y a une très belle base au niveau des jeunes. C’était peut-être un petit plus dans un travail de masse et de quantité. Donc c’est de ce côté-là qu’il faut écrémer et mettre en place la pyramide vers le haut niveau et l’équipe première. Mais tout ce qui a déjà été mis en place, c’était bien. Maintenant il faut structurer avec un sport-études, un collège et un lycée, il faut mettre ça en place pour qu’on puisse avoir notre propre formation, et avec nos éducateurs qu’il faut former, puisque certains sont encore au début de leur expérience.

Fabien Rouzier : J’ai une question d’ordre un peu plus général. Je me disais qu’on oppose souvent le foot féminin avec le foot masculin, en pointant les manques du foot féminin. Si on retournait la question, qu’est-ce que le foot féminin possède et que n’a pas le foot masculin selon toi ?

Sarah M’Barek : Elle est trop facile cette question (rires). Je pense que le foot féminin ressemble au foot masculin d’il y a quelques années. Dans ses valeurs intrinsèques, dans la vérité, quand on ne triche pas, qu’on se donne à fond, certes on n’a pas beaucoup de moyens mais on a des valeurs et on les défend au maximum. Il y a moins d’enjeux financiers, il y a plus de vérité. C’est difficile à exprimer mais c’est un foot un peu plus “naturel”. Mais maintenant les enjeux arrivent aussi dans le foot féminin. Les joueuses sont de plus en plus préparées, ce sont des athlètes. Donc le niveau augmente. Maintenant pour connaître les deux disciplines, pour avoir passé mes formations avec des entraîneurs “garçon” et pour connaître le foot masculin aussi, il y a beaucoup de similitudes, mais il y a une petite sensibilité féminine qui est différente. Mais ça reste un sport au final assez comparable.

Rencontre face au FC Nantes | ©Jean-Luc Martinet

Sylvain Creis : Comment tes joueuses ont-elles pris le fait de quitter ce stade à Arras et d’arriver à la Gaillette ?

Sarah M’Barek : En plus ça s’est fait très rapidement. Quand je suis arrivée, je n’étais pas sûre de pouvoir entraîner à la Gaillette. Je n’avais pas toutes les informations. Le club du RC Lens a fait preuve de sérieux et de confiance. C’est une grande estime qu’on nous accorde. Nous permettre de nous entraîner à la Gaillette aux heures que l’on veut, nous donner de telles conditions d’entraînement, même les filles sont hyper surprises, elles sont hyper contentes de venir. Ça nous permet de progresser rapidement, on gagne du temps. J’ai même des filles de la réserve qui viennent s’entraîner de temps en temps, ponctuellement je les prends avec moi, pour leur donner le goût du haut niveau. C’est sûr que ça change parce que le reste de nos équipes sont encore sur Arras et s’entraînent encore à Pierre Bolle. J’ai vu Pierre Bolle mercredi dernier, je peux vous dire qu’il est dans un état très compliqué. On demande des créneaux à la mairie sur un autre terrain, mais ce n’est pas évident, il y a les autres clubs d’Arras. Là on arrive dans une situation où on se demande si c’est le RC Lens ou Arras… Ce n’est pas évident pour tout le monde, on essaie de trouver un compromis mais toutes nos équipes de jeunes sont sur ce terrain (ndlr : Pierre Bolle). Elles apprécieront d’autant plus le jour où elles viendront s’entraîner à la Gaillette ou sur un autre terrain à Lens.

Amaury Demonchaux : Ta venue est déjà annonciatrice de choses positives. Tu sens qu’il y a une vraie volonté d’avoir un bon club de D1 à Lens ? Ce n’est pas de l’opportunisme parce que de toute façon c’est dans les critères ?

Sarah M’Barek : Sincèrement, par expérience, pour avoir vécu un peu ce genre d’aventures avec les autres clubs, là il y a quelque chose de plus, il y a une vraie volonté, des choses qui sont mises en place, des moyens sont données, ce ne sont pas que des paroles, les actes suivent de suite. Je pense qu’il y a un bel avenir qui est promis à cette section féminine et cette équipe première. On va tout faire pour répondre à l’attente du club, parce qu’on nous donne des moyens. C’est ce que j’explique aux joueuses. De notre côté il faut avoir des résultats, il faut qu’on puisse rendre fier que ce soit le club, la direction, les autres entraîneurs, et puis les supporters. Qu’on avance sérieusement dans cette voie.

Effectif 2020/2021 | ©rclens.fr

Amaury Demonchaux : Le nom de la coach est un bon témoin, est une belle illustration je pense !

Sarah M’Barek : C’est gentil (rires) !

Sylvain Creis : Tu parles d’obligation de résultat, ce qui est normal dans le sport de haut niveau, même si vous êtes encore considérées comme des amateurs. Justement, par rapport à ces moyens qui sont mis, et qu’on ne retrouve peut-être pas dans d’autres clubs, est-ce que tu ressens une certaine forme de pression ? Est-ce que d’ailleurs cette pression existe ou au final pas du tout ?

Sarah M’Barek : Pour l’instant on ne me la met pas, mais en tout cas moi je me la mets toute seule. Et cette pression c’est ce qui me nourrit, ce qui nous permet de nous transcender. On la prend de manière positive. On n’a pour le moment pas de couteau sous la gorge, on n’est pas encore au classement à la place à laquelle on aimerait être. Maintenant on travaille dur, on espère que la situation sanitaire va évoluer pour nous permettre de reprendre le championnat et de finir à une place qui serait plus honorable. On sait qu’on a du temps, pour l’instant on ne se met pas de pression négative, au contraire. Ça nous motive plus qu’autre chose.

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Retranscription | L’équipe Culture Sang et Or

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