On vous présente the match de la saison. Enfin presque, car après le report et les trophées UNFP costard cravate Ligue 1, ce Lens-Paris SG ressemble plutôt à un « All star game », juste pour le fun. Analysons le match avec l’ex-expert journalistique du PSG Arnaud Hermant, devenu référent du Paris FC de L’Équipe et du Parisien.

Photo CSO
Ce RCL-PSG a une saveur particulière, douce-amère. Le futur vainqueur de la Ligue 1, quasi sacré, affronte son dauphin à Bollaert-Delelis un mois après sa date initialement prévue, dans un duel au sommet entre deux équipes longtemps prétendantes au titre. Un match couperet qui s’est définitivement transformé en match soufflet. La polémique autour d’un report décidé quasi unilatéralement, sans l’accord du Racing, n’est pas complètement retombée. La faute à une LFP qui privilégie les clubs européens dans leur quête de titre sous la bannière bleu étoilée. En gros, le calendrier est taillé sur mesure pour un PSG qui galérait depuis des années à dépasser les demi-finales de cette Ligue des Champions. Cette saison, la Ligue a décidé de pousser le vice jusqu’au bout en sabordant ce qui pouvait être la vraie finale de la saison, harakiri sur son propre produit.
« Le report du match, une polémique à double tranchant »
Pour notre interlocuteur du jour, Arnaud Hermant, « l’histoire de la polémique c’est à double tranchant. Il est évident que compte tenu de la saison, ce report fait perdre de la saveur à ce match. Après, Paris n’est pas officiellement champion, ce qui signifie que si Lens n’avait pas perdu quelques points en route, je pense notamment à Brest, alors ce match du 13 mai aurait encore un enjeu très particulier. Par ailleurs, la modification du règlement de la Ligue professionnelle, pour permettre de reporter les matchs des clubs européens, a été actée et validée à l’unanimité par le conseil d’administration, dans lequel Joseph Oughourlian avait toute sa place. »
Difficile aujourd’hui de ne pas passer pour mauvais joueur en contestant une mesure qu’on a soi-même avalisée. Le report d’un Brest-Strasbourg, les Alsaciens étant en lice pour la Conference League, est aussi un coup de maître pour montrer que tout le monde est concerné par la mesure, et pas seulement le PSG. « Ce qui a définitivement validé le report, sans que Lens puisse y redire quelque chose, c’est la demande de Strasbourg qui met à mal l’argument de favoritisme », note le reporter de L’Équipe. Cela reste un coup dur pour le sport, un contre son camp de la Ligue qui fracasse sa propre vitrine dans un contexte financier chaotique.
Nasser contre Joseph, David contre Goliath
Lens et Paris, ce sont un peu deux opposés qui s’affrontent. Même deux visions du monde qui se toisent. Cette décision de report est symptomatique d’un système créé par et pour le PSG, à la sauce Nasser Al-Khelaïfi. « Le président qatari a beaucoup de pouvoir, déjà de par sa puissance financière, mais aussi, construit au fil des années, un pouvoir politique dans le foot professionnel, avec plusieurs rôles centraux dans le CA de la LFP, patron du diffuseur de la Ligue 1, membre du conseil exécutif de l’UEFA… Il est partout aujourd’hui, et jouit d’une grande dimension se rendant indispensable. Ceci étant dit, le conflit d’intérêt ne date pas d’hier et personne n’était trop gêné à l’époque pas si lointaine, à Lens compris, lorsque le Qatar (via Bein Sport) arrosait par centaines de millions le championnat et les clubs. »
« Ce qui peut être gênant, c’est qu’aujourd’hui la critique arrive lorsque les caisses sont vides. Et on a beau imputer une influence excessive du président qatari sur la LFP, Nasser n’y est pour pas grand-chose dans le choix de Mediapro par exemple. Par ailleurs, Nasser a su charmer une très grande partie des présidents des clubs. Il a un sens relationnel particulier, un homme séduisant et hospitalier qui n’hésite pas à inviter ses confrères aux matchs de Ligue des Champions en VIP. » Cela ne vaut pas les frites Sensas, mais c’est sûrement suffisant pour plaire à Olivier Létang, dogue devenu étrangement docile face au président d’un club normalement rival.
De l’autre côté du ring, Joseph Oughourlian, c’est l’outsider, un financier qui s’est fait tout seul pour avoir une vraie influence dans le mondes des affaires et du foot. Problème : Joseph ne semble pas intéressé par les loges du Parc des Princes, et semble beaucoup plus inquiet par la direction prise par le football pro du pays. « L’actionnaire majoritaire du RCL a œuvré discrètement mais sûrement pour être dans l’opposition et anticipé l’échec du foot français. « Il a vu avant », comme pourrait dire Michel Platini. » Cette faculté du fondateur d’Amber Capital à anticiper les problèmes a permis au Racing d’être sain financièrement, tout en proposant une opposition de qualité sportivement, lors de deux saisons dont celle-ci. Les supporters du Racing ne peuvent qu’admirer l’audace avec laquelle l’actionnaire mène le Racing, qui comme lui, tutoie les sommets et le PSG.
Un match à enjeux, quand même
Le contexte est très particulier, mais ce Lens-PSG reste un match intéressant à disputer. Tout club professionnel, et tout compétiteur, se doit de vouloir tenir son rang, avec une telle affiche, quoi qu’il advienne. Le Racing a la chance de prouver qu’il a le talent pour rivaliser avec ce champion de France stratosphérique, et peut repousser son nouveau sacre à la dernière journée. C’est aussi et surtout une confrontation intéressante pour préparer une finale. Un luxe comme match de préparation.
Pour Arnaud Hermant, « si Lens gagne, ils auront rivalisé jusqu’à la fin. Battre Paris, c’est prendre une revanche sur l’affaire du report, sur le match aller, et prouver que cette rivalité existe jusqu’au bout. Car non, Paris ne pourra pas fêter officiellement encore son sacre en Ligue 1. Côté terrain, le PSG va surement faire tourner, même si on ne sait pas si le PSG ne va pas aligner une équipe phare. La force de Lui Enrique, qui estime Paris « champions à 99,9% » c’est d’avoir su faire tourner ses dernières saisons. Sur le terrain, après les trophées UNFP, cela reste également un beau match de gala avec les joueurs phares du championnat. Pour le pronostic, je dirais 1 à 1, même si je suis mauvais en pronos. » Ne t’inquiète pas Arnaud, chez CSO aussi, on a notre quota de pronostiqueurs en bois.
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Remercions Arnaud Hermant pour sa réactivité, sa connaissance évidente du footballe professionnel et sa sympathie. On le retrouvera surement pour discuter avec lui de l’autre Paris, FC, qu’il suit désormais avec assiduité depuis cette saison après avoir été un intime du PSG pendant 23 ans. Bon match Arnaud, merci et à très vite sur Culture Sang et or. Allez Lens !

