Montée en gamme

La qualification en Ligue des champions avec une deuxième place, en plus d’une finale de la Coupe de France : ce succès ne doit rien au hasard, et tout au travail très sérieux effectué par le RC Lens.

Une grande famille
Photo CSO

« C’est la récompense. » Les mots de Pierre Sage à son groupe, rassemblé sur la pelouse après cette victoire 1-0 face à Nantes, étaient attendus depuis longtemps. Lens n’a plus quitté le podium de la L1 depuis une victoire contre Lorient à la 11e journée, début novembre, et n’a cessé d’être invoqué, en France et au-delà, comme exemple de ce que peut réussir un club de sa trempe, avec des moyens raisonnables et des méthodes raisonnées. À la fin, pour forcer la porte de cette Ligue des champions, un ado de seize ans nommé Mezian Mesloub fait valoir son talent dans la surface. Mais il a fallu, avant cela, une vaste somme de petites et grandes décisions, d’efforts ordinaires et prodigieux, de calculs intelligents et d’audaces payantes, pour aboutir à ces résultats remarquables.

Avec ce Racing qui, comme en témoignait le tifo de vendredi, traîne avec lui une longue et belle histoire — à défaut d’un palmarès mieux garni —, il est toujours bon d’élargir la perspective. Depuis son retour en Ligue 1 en 2020, Lens s’est hissé parmi un ensemble de sept clubs français qui, bon an mal an, se partagent presque chaque année les places européennes en haut du tableau. On exclura celui qui est champion quasi systématiquement, pour énumérer cinq rivaux qui affichent une régularité du même acabit : Lille, Lyon, Marseille, Monaco et Rennes.

Un immense chemin parcouru

Rejoindre cette élite, ce n’était pas vraiment le programme quand l’actionnaire actuel a repris le club il y a dix ans tout pile. Qu’on se souvienne : un mystérieux véhicule nommé Solferino rachetait 65% des parts, publiquement représenté par un homme d’affaires qui avait conseillé l’Atlético, un certain Ignacio Aguillo. Le potentiel était là, manifestement sous-exploité. Bollaert avait bénéficié d’une belle rénovation, en bonne partie grâce à l’État. Et à la Gaillette, la formation tournait toujours bien. Mais l’équipe première, en L2, n’avait pas la gueule d’une prétendante à un retour en Ligue des champions en seulement sept ans. Échaudés par les promesses non tenues, les supporters sang et or ne demandaient qu’une chose. Retrouver la Ligue 1, et s’y stabiliser.

En août 2017, le terrain était même envahi, à Bollaert, par des supporters furieux d’une quatrième défaite de suite, contre Brest. Qui s’en souvient ? Peut-être Ibrahima Sissoko, jeune milieu de terrain qui avait brillé lors de cette victoire des Bretons, et qui est revenu vendredi sous le maillot nantais. Le chemin parcouru par le RC Lens de Joseph Oughourlian, entre ces deux matchs, est impressionnant. Il a fallu assainir les comptes. Recruter des compétences à tous les échelons. Moderniser l’outil de travail. Se séparer, parfois, de ceux qui n’étaient plus en phase ou n’avaient plus la réussite. Imposer de l’intransigeance au quotidien. Autant de choses qui ne se voient pas toujours, mais qui finissent par être rétribuées.

Des méthodes

Lens est monté en gamme, on oserait presque dire tranquillement. On s’est pourtant beaucoup inquiété quand, à l’été 2024, son président et propriétaire a choisi le tournant de la rigueur salariale. Les commentateurs patentés se sont jetés sur l’aubaine pour déclarer que le club artésien retournait à son ordinaire de formation de milieu de tableau, exceptionnelle de par son public, plus modeste sur le terrain. Et puis, en l’espace deux mercatos, à l’été et l’hiver dernier, elle s’est dotée une attaque composé de cadors : des Thauvin, des Édouard, des Saint-Maximin… servis tantôt par le meilleur passeur de L1, rien que ça, tantôt par des joueurs qu’on n’attendait pas si efficaces cette saison : des Sangaré, des Udol, des Sarr…

La direction installé a des méthodes qui lui permettent de déjouer les prédictions hasardeuses — ou même celles qui se prétendent scientifiques, comme la huitième place qu’anticipait Opta, en août dernier. On citera les fameuses data, où Lens s’est équipé, pour son recrutement, des technologies les plus en pointe. Des entraînements très calibrés et dynamiques. Un recours à la vidéo adapté aux footballeurs pro d’aujourd’hui. Un suivi physiologique individuel et collectif précis. Le tout orchestré par un coach qui compte parmi les meilleurs connaisseurs possibles du football, depuis la formation jusqu’au plus haut niveau.

La récompense, donc, est un feu d’artifice, au propre comme au figuré. Trente secondes d’une chanson choisie par chaque joueur pour entrer sur la pelouse en tenant la main de ses proches. Puis l’hymne de cette compétition européenne qui fait rêver tout footballeur, ainsi que, derrière lui, tout membre d’un staff dédié à la performance, et tout amoureux de ce club qui a encore de belles pages à écrire, dans son riche livre d’heures, couleurs sang et or. Si peu de temps après sa campagne européenne de fin 2023, le Racing Club de Lens retrouve la Ligue des champions. Qui l’aurait parié ?

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