CULTURE SANG & OR

Le RC lens et l’Espagne, une histoire fratricide

Les Sang et Or, comme chacun le sait, portent ces couleurs depuis 1924 en hommage au drapeau de l’Espagne, qui contrôla l’Artois avant qu’il ne devienne définitivement français. Tout au long du siècle qui allait suivre, le club allait se frotter aux joueurs ibériques.

Au moment d’écrire un sujet sur le rapport entre Lens et l’Espagne, on peut s’attendre au préalable à une description de la romance entre le Stade Bollaert-Delelis et Cristian Lopéz, voire des arabesques d’Alvaro Lemos dans son couloir droit. Ou à un simple déroulé chronologique des duels avec les clubs d’outre-Pyrénées ayant jalonné l’histoire du Racing.

Mais le football, la vie sont faites d’émotions, d’Histoire avec un grand H, de moments restant gravés dans l’imaginaire collectif. C’est donc sous ce prisme que s’écrit cette histoire d’amour, un amour tourmenté en sang et or. En effet, les liens ont pendant longtemps été entremêlés comme des amants se tenant la main. Pendant plus d’un siècle Lens et les Pays-Bas espagnols vont unir leur destin.

Il faudra attendre la dernière confrontation de la guerre de Trente ans, avec la bataille de Lens et la victoire des armées du Grand Condé en 1648, pour voir notre ville rejoindre le pavillon français. En montant au sommet du terril de Loos-en-Gohelle, on peut observer la plaine d’Artois où s’est déroulé cet événement historique. Et il n’est pas rare encore aujourd’hui de retrouver dans la terre des plombs rappelant cette histoire. Si vous n’avez pas envie d’enfiler vos bottes et un détecteur de métaux, vous pouvez toujours vous rendre à la médiathèque estaminet à Grenay qui en expose des vestiges.

Jean-Pierre Franque, Bataille de Lens, 20 août 1648
Musée du Louvre

L’empreinte espagnole, nous la voyons lors de chaque rencontre du Racing, avec les couleurs sang et or flamboyantes que nous arborons, sur le terrain comme en tribunes. Pourtant, le Racing Club lensois, dans sa genèse, portait le noir et le vert, le noir rappelant le charbon, et le vert pour la place Verte (aujourd’hui place de la République) où se déroulèrent les premiers matchs de son histoire.

Mais la Grande Guerre a brisé notre ville. Située sur la ligne de front, elle est rasée dès les débuts du conflit. Quelques briques émergent de ce chaos, les ruines de l’église Saint-Léger. C’est en passant devant ce spectacle de dévastation, après la guerre, que René Moglia, dirigeant du RC Lens, va changer le destin et le basculer en Sang et Or. En posant son regard sur ces ruines de l’occupation espagnole, il décide de donner au club ses couleurs sang et or, scellant pour l’éternité l’union avec l’Espagne.

Pour revenir plus prosaïquement sur le terrain du football, trois rencontres contre des clubs ibériques ont particulièrement marqué l’histoire du Racing, toutes à la frontière entre la décennie 1990-2000.

Comment oublier ce double duel de l’épopée européenne en UEFA ? Ce 9 mars 2000, c’est un Atlético de Madrid malade qui débarque à Bollaert. Dirigés par le fantasque Jesus Gil, les Colchoneros finiront par descendre en deuxième division à la fin de la saison, malgré la présence du canonnier Jimmy Floyd Hasselbaink. Si l’artificier néerlandais inscrit un doublé à Lens, le vacarme de Bollaert et le le football débridé des hommes de François Brisson offrent le premier quart de finale de l’histoire du Racing.

Photo Marca

C’est ensuite le Celta Vigo de Claude Makélélé qui se présente en quart à Bollaert le 23 mars 2000. De mémoire de supporter lensois, c’est sans doute la rencontre la plus stressante et usante pour notre tension artérielle. Le coup franc de Revivo à la 56ème minute glace le public artésien. Avant qu’un penalty de Valérien Ismaël, puis le plat du pied de Pascal Nouma consécutif à un centre au cordeau de Philippe Brunel, ne fassent chavirer Bollaert. Les larmes perlant sur les joues du roc Pascal Nouma feront couler les larmes sur ma peau acnéique d’adolescent.

Reuters

Ce mardi 12 décembre 2023, le Racing va donc entendre pour la dernière fois cette saison la musique de la Ligue des Champions, contre le FC Séville. Des Lensois revêtus de leur tenue dorée, comme il y a 21 ans face au Deportivo la Corogne. Tout Bollaert est prêt à signer pour le même dénouement. Baladés dans le premier acte par la supériorité technique incontestable des Galiciens, les Sang et Or vont détruire méthodiquement leur adversaire, au physique, dans le second acte et renverser le score pour s’imposer 3-1.

Dans cette histoire fratricide et historique, la réconciliation est venue le 10 décembre 2023. En prononçant une interdiction des supporters sévillans à deux jours du match, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a scellé le sceau d’une nouvelle amitié, celle des supporters lensois prêts à céder leurs places aux fans andalous. Montrons à l’Europe que les valeurs d’accueil du bassin minier ne sont pas un vain mot et accueillons nos visiteurs avec les bras ouverts dans un élan de fraternité dont nous avons le secret.

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