Bonheur fragile, combat permanent

Dans le football, et encore plus au sein de notre Racing, le bonheur ne saurait être un état permanent. Alors que les supporters lensois étaient sur leur petit nuage après la victoire en Coupe de France, une myriade de déclarations de Pierre Sage, toutes plus contradictoires et confuses les unes que les autres ont jeté, en pleine canicule, un coup de froid sur Lens. Elles nous rappellent que le bonheur est fragile. Et qu’aucune saison ne sera simple pour le Racing, à commencer par la prochaine.

Coup de sifflet final pour Sage en tant qu’entraineur lensois ? –
Photo CSO

Les propos incohérents de Pierre Sage

Si on a bien découvert une chose avec Pierre Sage, c’est sa simplicité. Simplicité qui l’interdit sans doute d’être entouré d’un conseiller en communication. Pour une fois et, contre toute attente, on ne saurait que lui conseiller de s’entourer d’un spécialiste de métier. Dans le cas contraire, s’abstenir de faire des déclarations plus qu’hasardeuses serait un moindre mal. D’abord évasif au terme de la finale en évoquant des contacts aux micros de BeIn Sports, il a fini par être plus clair le dimanche matin à Téléfoot affirmant sans l’ombre d’un doute qu’il serait encore entraineur du Racing la saison prochaine. Avant de nouveau faire machine arrière sur RMC indiquant que des questions se posaient. Celui qui se vantait de ne jamais mentir face aux journalistes a été pris la main dans le sac.

Que cherche-t-il ? Un banc en Premier League ? L’on peut comprendre aisément que c’est le rêve de sa vie. Il ne s’en est d’ailleurs jamais caché. A-t-il peur de ne pouvoir faire mieux ? Dommage alors de se refuser de connaitre l’hymne de la Ligue des Champions à Bollaert. Ou bien négocie-t-il un nouveau salaire et des moyens supplémentaires ? Si tel est le cas, celui qui disait avoir assimilé la philosophie du club et de la Région n’a pas compris que Lens ne gagnait que lorsqu’il faisait du Lens. Un club de terriens, avec ses moyens, qui se refuse à vivre à crédit ou sur l’hypothèse d’une nouvelle qualification en Ligue des Champions. Il suffisait d’écouter Jean-Louis Leca ou Benjamin Parrot pour le comprendre.

Adrien Thomasson part chercher le dernier gros challenge (financier) de sa carrière.
Photo CSO

Ce maudit Racing Club de Rennes

Et puis, quand ce n’est pas l’entraineur du Racing qui déraille, c’est son capitaine qui part rejoindre le Racing Club de Rennes. Merci capitaine, bon vent à vous. Mais attention, Adrien Thomasson ne part pas en Bretagne pour l’argent. Non non, il part pour le projet rennais qu’il estime « ambitieux ». De quelle ambition parle-t-il au juste ? Celle de recréer un ersatz d’esprit lensois en surpayant allègrement des joueurs sur le déclin entamé ? Probablement part-il aussi pour le plaisir de retrouver l’entraineur qui l’a mis sur le banc et ne lui aura pas bien longtemps fait confiance au Racing. Doubler ou tripler son salaire, réduire par deux ou trois son temps de jeu, Thomasson risque d’être, en ratio salaire/minute jouée, très bien payé la saison prochaine.

Et tant que François Pinault assumera son rôle de Liliane Bettencourt du football, nous ne reprocherons pas à notre désormais ancien capitaine de s’engraisser sur le dos d’une des plus grosses fortunes mondiales. Mais tout de même, ne pourrait-on pas se passer de toutes ces hypocrisies et de ces phrases toutes faites quand on sait tous qu’ils courent après l’argent ?

Le besoin de « faire du Lens »

Nous ne sommes alors pas impatients de lire les déclarations des autres joueurs qui auront tourné le dos à une Ligue des Champions avec le Racing pour ces clubs déstructurés de milieu de tableau qui n’ont que pour avantage de surpayer leurs joueurs.

Le club a construit un storytelling pendant des mois jusqu’au titre en Coupe de France. Un storytelling autour d’un effectif et d’un staff qui ont des valeurs autres que celles de l’argent. Le capitaine et son entraineur l’ont écorné dès le lendemain de la victoire du 22 mai dernier. Faire du Lens, c’est s’engager avec les moyens mis à disposition. Ce n’est pas entamer une partie de chantage avec ses dirigeants et faire monter les enchères. Charbonner, ce n’est pas céder aux sirènes de l’argent. À Pierre Sage de nous dire s’il s’inscrit toujours dans la vision du club. Si c’est le cas, il aura manqué cruellement de discernement et une occasion de se taire. Tant qu’il n’est pas certain de son choix, on espère surtout ne plus l’entendre. À Malang Sarr et Allan Saint-Maximin de nous dire également s’ils s’inscrivent toujours dans l’histoire du club qui leur a permis, est-il nécessaire de le (re)préciser, de relancer leurs carrières parfois balbutiantes.

Le Racing coincé dans une tragédie grecque

Pour Jean-Louis Leca et tous ceux qui resteront, il faudra comme à chaque saison devoir se battre. Il n’y aura jamais rien de simple dans un sport où l’argent est roi et fait perdre la raison à bon nombre de ses acteurs. Le Racing est coincé dans la tragédie du mythe de Sisyphe. Chaque année depuis la remontée en 2020, ses dirigeants et ses joueurs doivent pousser leur pierre dans les hauteurs de la Ligue 1. Chaque intersaison, les meilleurs joueurs et membres du staff partent pour gagner plus d’argent ailleurs. Et la pierre portée par les joueurs et dirigeants lensois finit par retomber en bas du terril. Inexorablement.

Les dirigeants du Racing ont démontré depuis des années la qualité de leur travail et sont pourtant contraints perpétuellement à devoir faire encore mieux pour rester dans les hauteurs de la Ligue 1. Un combat de tous les instants. Nous connaissons trop bien le Racing pour avoir appris, parfois à nos dépens, que le bonheur était à jamais temporaire et que le besoin de se battre, lui, était permanent.

Ce que nous apprend le mythe de Sisyphe, c’est que face à l’absurdité de voir un entraineur envisager de ne pas accompagner en Ligue des Champions le club qu’il a lui-même qualifié – et face à l’absurdité du football en général et le peu de trophées que le Racing gagne – il faut nous imaginer heureux d’être Lensois. Difficile à concevoir non?

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