CULTURE SANG & OR

Bloc Party

Nombreux nous fûmes ce week-end à voler en stationnaire tel un bel hélicoptère. Une communauté en lévitation, qui a pu libérer sa fureur de vivre, crier sa joie, chanter sa fierté. Les lillois sont partis en fumée à l’image des nombreux fumigènes craqués dans le ciel artésien au retour des joueurs. Les rivaux éternels ont été vaincus pour la troisième fois de la saison. La triple couronne.

Crédit : dawn.com

Si le quotidien L’Équipe parle d’exploit, on préfèrera ici parler de performance. Pas de chauvinisme, non, on essaie de garder la tête froide (faux). Le RC Lens n’en est certes qu’à sa deuxième saison en L1, quand le voisin semble lui en fin de cycle, aussi bien au niveau sportif que institutionnel. Le complexe d’infériorité sportif a définitivement volé en éclat. Et Xeka pleurniche encore son désarroi sous la douche. Et si le score, autant que la physionomie du match, laissent à penser que le match a finalement été serré, l’issue aurait dû en être toute autre. Allez, osons être perfectionnistes. Jamais le LOSC n’aurait dû sortir de cette première mi-temps avec un quelconque espoir de revenir. Arnaud Kalimuendo, qui revient fort et semble être dans une dynamique “boulet de canon”, l’a lui-même annoncé au micro de Canal+. Le jeune garçon, 20 ans et déjà 10 buts en L1, est le meilleur buteur des 5 grands championnats européens né en 2002. Il est aussi hyper perfectionniste. A la mi-temps, il s’en voulait sûrement d’avoir manqué son face à face de la 25ème minute, en plein cœur d’un temps fort lensois qui éparpillait chaque minute un peu plus le milieu adverse. Rejoignons-le donc son constat. Lille, qui n’aura été dangereux que sur un exploit personnel de Renato Sanches (poteau), parvient à revenir au score sur la seule véritable situation créée collectivement. But qui donnera au LOSC l’énergie de bousculer les Sang et Or un quart d’heure durant entre la 50ème et la 70ème. Avant de définitivement s’éteindre. 

La courbe d’apprentissage

Franck Haise le déclare depuis de nombreuses semaines. Sa défense a progressé. Et les statistiques abondent ce postulat. Le RC Lens n’a encaissé que 5 buts sur les 7 derniers matchs. Les erreurs individuelles se font de plus en plus rares, le travail d’orfèvre du coach normand semble définitivement se mettre en fonction. L’alternance des gardiens, qui aurait pu fragiliser la base défensive, semble finalement donner de la confiance à Fariñez, sans pour autant fragiliser celle de Jean-Louis Leca. La ligne de trois est dirigée par le taulier Gradit, et à ses côtés, Danso et Médina sont en train de changer de dimension. Au milieu également, Doucouré rayonne quand Seko se collectivise. Frankie retrouve de la fraîcheur quand Clauss nage sur son nuage de bonheur forcément contagieux. Berg, dont la sortie de samedi soir a été plus que prometteuse, est juste derrière. David Pereira da Costa est en pleine croissance, et suit les pas de son grand-frère Kakuta avec ses bottes de sept lieues. Devant, Kalimuendo retrouve de sa superbe, aux côtés d’un Sotoca alpha. Et il reste Wooh, Haïdara, Saïd, Machado ou encore Ganago, dont les retours dans la rotation sont autant de bonnes nouvelles.

El Pistolero Crédit : Twitter

Cette longue description individuelle pour mieux souligner qu’en plus de son identité de jeu entraînante, le groupe de Franck Haise se découvre une personnalité forte, mais surtout une vraie solidité depuis la base. Un jeu, souvent décrit comme fondamentalement déséquilibré, s’est justement trouvé un équilibre. Il est difficile aujourd’hui de sortir un joueur du collectif. Le RC Lens ne dépend plus tour à tour de Kakuta, de Seko Fofana ou de Kalimuendo, et semble aujourd’hui reposer sur un résilient maillage de complémentarités technico-tactiques. Et le danger continue de venir de partout. Le vestiaire est quant à lui formidablement armé en talent, en leadership, en grinta et cojones. On parle souvent de courbe d’apprentissage dans le football, mais aussi de séries et de confiances individuelle et collective. Après avoir écrasé Nice et dominé son rival séculaire, tous les indicateurs précédemment cités semblent au vert, à l’aune de ce dernier micro-cycle qu’est la dernière ligne droite du championnat de France de Ligue 1 2021/2022. Et nous renvoie à ce début de saison, où les rares points perdus étaient dû à un collectif parfois naïf, et trop souvent déséquilibré. Bloc party !

Écrit par Antoine

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