Vous l’avez ? L’important n’est pas tant le jeu de mots, mais ce qui se cache derrière. Lens a franchi un cap l’an passé : il est devenu un club qui gagne. Et si la saveur de la victoire a pour certains vite tourné à l’aigre dès les premiers soubresauts autour de Pierre Sage, le discours tenu mardi dernier était marqué du sceau de l’ambition.

On passe à la suite
Le départ de Pierre Sage pour Crystal Palace tout juste officialisé, Dino sort de sa boîte. L’arrivée de Dino Toppmöller a permis à Lens de définitivement tourner la page après le départ inattendu d’un des principaux protagonistes de cette saison exceptionnelle. Même s’il reste humble, et même si encore une fois il faudra reconstruire avec un nouveau coach, le club n’a pas caché son ambition. Plus que des mots, ce sont les actes qui démontrent le nouveau statut du RC Lens.
Malgré le bruit insistant autour d’une arrivée d’Olivier Pantaloni, c’est l’ancien technicien de Francfort qui a été nommé sur le banc lensois. La nomination d’un jeune entraîneur étranger déjà reconnu, mais aussi expérimenté sur la scène européenne, dit tout du standing qu’a pris le Racing : celui de serious contender — prétendant sérieux.
Contender ? Hein ?!
Eh oui, la direction a nommé un entraîneur francophile, mais allemand. On se permet donc un petit anglicisme. Le Cambridge Dictionnary explique que « dans le domaine du sport, un serious contender est une équipe qui a le niveau pour viser la victoire finale, sans pour autant être nécessairement le favori ». Alors non, Lens ne joue pas le titre. Mais cela fait tout de même deux fois en quatre ans qu’il vient titiller le Paris SG. Comprenez que Lens était structuré lors de sa remontée pour viser le top 10. Mais le club a aussi conscience que sa méthodologie et son audace, tout comme la défaillance de certains de ses concurrents, lui permettent de prétendre, en toute discrétion, à mieux.
Les bases sont déjà là : une cellule de recrutement dont Dino Toppmöller a salué l’effacité, une identité de jeu claire et un collectif qui sublime les individualités. En parallèle, hors du terrain le club progresse. Depuis sa remontée en L1, il n’a cessé d’étoffer ses infrastructures et son staff professionnel. Il est devenu propriétaire de son stade. Plusieurs actionnaires ont intégré le capital. Récemment Joseph Oughourlian a admis qu’un investisseur supplémentaire allait rejoindre le projet, essentiellement pour renforcer les infrastructures.
Ce qui nous amène à d’autres actes. Mardi dernier, Benjamin Parrot a annoncé que sept millions d’euros avaient été investis afin de moderniser et étendre les infrastructures. Le brillant directeur général a notamment cité la rénovation des vestiaires, ainsi que la création d’un nouveau terrain d’entraînement muni d’une pelouse chauffée.

Un club et des dirigeants matures
Ces éléments s’ajoutent aux différents aménagements réalisés depuis deux saisons. Le couloir entre les vestiaires et la pelouse, les salons VIP, les différents espaces autour de Bollaert-Delelis… Toutes ces améliorations tendent à faire monter en gamme le club, et par extension à « réduire le temps d’attente jusqu’au prochain trophée », pour reprendre les termes énoncés par Jean-Louis Leca. Le RC Lens souhaite rester rationnel. Comprenez par là qu’il n’y aura pas de folie des grandeurs, de recrues à plus de 20 millions ni de salaires mensuels nettement supérieurs à 200 000 euros. Ces erreurs, Lens les a déjà faites et ne peut plus se le permettre.
En revanche, à l’heure où, hors PSG, la plupart des clubs les plus fortunés de France (Monaco, Lyon, Marseille) doivent absolument vendre pour équilibrer leurs comptes d’ici au 30 juin, Lens assoit son bilan sur des revenus pérennes et une certaine rigueur dans les dépenses. Malgré la qualité certaines de ses joueurs en fin de contrat, la direction ne s’épuise pas à les prolonger à des salaires qui dépasseraient le cadre fixé. En revanche, le board anticipe et développe de jeunes talents.
Alors oui, peut-être pas de doublé Coupe-championnat l’an prochain. Mais nous pouvons être assurés que le club continuera sa lente et stable croissance économique associée à sa touche d’audace sportive. Lens va jouer la Ligue des champions et y proposer un football offensif. Son équipe sera constituée de joueurs talentueux et de prospects excitants. Des débuts de cycle, ces dernières années, elle en a connu beaucoup : les débuts en Ligue 1, le retour en Ligue des champions, le départ de Franck Haise et le tournant de la rigueur salariale, l’arrivée de Pierre Sage… Tous relativement bien négociés.
Vous n’avez pas hâte qu’une nouvelle ère s’élance ?

