Un nouvel enfant de la Gaillette fait son retour au club ! Après Gaël Kakuta lors de la remontée en L1 ou encore Arthur Masuaku l’an passé, Thorgan Hazard est de retour à Lens. Projection sur le rôle qu’il pourrait tenir dans l’effectif.

Hazard a déjà fait danser le jerk aux adversaires de Lens
L’expérience au service du collectif
À 33 ans, le Diable Rouge (47 sélections) s’offre un beau défi. Passé, après Lens, par le Borussia Mönchengladbach, le Borussia Dortmund, le PSV Eindhoven ou plus récemment le RSC Anderlecht, entre autres, le natif de La Louvière apporte dans ses bagages une qualité technique indiscutable et une grande expérience du très haut niveau et des joutes européennes. Le milieu offensif a disputé 30 matchs de Ligue des champions en carrière. Un atout important dans un Lens qui se présentera assurément avec un effectif (et un coach) davantage rompu aux soirées UEFA que lors de sa précédente campagne en C1.
Pour comprendre ce que Hazard va apporter en Artois, il faut regarder ses dernières performances du côté chez les Mauves. En Belgique, le frère d’Eden a prouvé cette année qu’il avait encore du football dans les pieds. Leader technique sur le terrain, il a fait basculer plusieurs rencontres en se montrant décisif à 15 reprises.
Un bon profil pour succéder à Wesley Saïd ?
Dans une récente interview accordée à @Captemedia, Guillaume Raedts, journaliste pour Le Soir et suiveur d’Anderlecht, en dit plus sur le joueur. « Il est capable de rayonner dans un rôle de 10 excentré, repiquant dans l’axe pour distribuer le jeu, ou même de s’aligner en position de numéro 9 » (le numéro qu’il portera, d’ailleurs). Une polyvalence qui offre un éventail d’options intéressant pour Dino Toppmöller.
Loin de la position excentrée de ses jeunes années, Hazard a élargi sa gamme et conserve une superbe technique individuelle. Ce recrutement s’inscrit dans la lignée du départ de Wesley Saïd. Remplacer un joueur qui a si souvent endossé le rôle de « facteur X » et de finisseur clinique est un défi de taille. La dernière saison a vu « Wes » évoluer dans un rôle différent des quatre précédentes. Positionné en tant que milieu offensif excentré derrière l’attaquant de pointe, il a pu mettre à profit sa technique supérieure à la moyenne, aussi bien à la construction que, d’autres fois, à la finition. Cette utilisation correspond au profil de Thorgan Hazard.
En effet, même si Saïd a connu sa meilleure saison sous le maillot lensois, avec notamment 12 buts en Ligue 1, il a été utilisé dans un profil de créateur. Son rôle étant avant de tout de fluidifier le jeu, créer du lien et aider à la conservation du ballon. Quand il a marqué, c’était du bonus. Une fonction qui colle parfaitement à Thorgan Hazard. Ainsi, Guillaume Raedts le présente-t-il sur Capté comme « l’une des grandes stars du championnat belge (…) Sa plus grosse qualité est sa finesse technique, il a les deux pieds et peut s’en sortir dans à peu près toutes les situations. La plus grande question est la dimension physique pour ce joueur de 33 ans. Cette saison il a joué 10 et faux 9, sur des positions où il peut se permettre de faire moins d’efforts. »
Les doutes se concentrent donc essentiellement sur la capacité physique de ce produit de la Gaillette de se conformer à un style de jeu exigeant. Mais si son recrutement répond plutôt au besoin d’une solution supplémentaire dans la rotation, il a tout de la bonne idée, venant du tandem Parrot-Leca.
Quelle sera son utilisation par Dino Topmöller ?
Hazard apporte une palette large de meneur de jeu, capable de dézoner, d’orienter, de distiller des passes lasers et de faire briller ses partenaires. Il a croisé Topmöller comme adversaire pendant ses années allemandes. Mais est-il compatible avec ce que souhaite proposer le technicien allemand ? Sur le papier, son profil actuel présente à la fois de sérieux atouts et quelques limites face à la philosophie du nouveau coach.
L’entraîneur lensois apprécie les joueurs capables de faire évoluer l’animation de son équipe en cours de match. À l’Eintracht Francfort, il a oscillé entre une défense à quatre et à trois, ce qui changeait l’animation offensive. Comme il l’expliquait lors de sa conférence de presse : un système, c’est mouvant, ça bouge. Il pourrait donc très bien entamer un match avec un certain dispositif sur le papier, et présenter une animation autre, qui assigne à ses joueurs des rôles différents qu’anticipé.
Thorgan Hazard est capable de jouer milieu excentré. L’international belge a aussi le bagage technique pour évoluer dans une position plus axiale et il a même déjà joué dans une position de faux 9. Sa polyvalence est donc un véritable atout. Autre point intéressant, ses qualités de contre-attaquant pourrait être utile dans les transitions et la recherche de verticalité.
Question de complémentarité
Même si Toppmöller a tenté d’insuffler une philosophie davantage basée sur la possession, ses équipes sont restées tranchantes lors des progressions rapides. C’était d’ailleurs aussi le cas du RC Lens version Pierre Sage. Le jeu aujourd’hui demande des transitions axiales ultra-rapides et des courses à haute intensité pour soutenir le porteur. Hazard excelle dans la justesse technique sous pression et dans sa capacité à orienter le jeu rapidement, que ce soit par la passe ou par des projections intelligentes.
Principal point noir des équipes de Toppmöller, qui lui a notamment coûté sa place en Allemagne : la fragilité défensive et les revers du contre-pressing. Le technicien exige un bloc compact, agressif et dynamique, capable de courir de manière très efficace à la perte de balle. À 33 ans, et après avoir connu quelques pépins physiques ces dernières saisons, Thorgan Hazard n’a plus forcément le volume athlétique pour répéter des efforts défensifs et des pressings de haute intensité sur 90 minutes dans un championnat comme la Ligue 1. Mais son coach adaptera son temps de jeu.
Lens récupère un joueur hautement compatible avec l’approche conceptuelle flexible de Dino Toppmöller. Pour que la greffe (re)prenne dans l’écosystème sang et or, le milieu belge devra impérativement être entouré de joueurs d’impact, capables de compenser ses limites défensives et d’apporter le volume athlétique indispensable aux joutes de la Ligue 1. Et convertir ses offrandes, qu’on espère nombreuses.

