Pas le temps de souffler après la Coupe ! Le Racing retrouve Brest ce vendredi. Pierre, supporter brestois de longue date, s’est prêté au jeu des questions-réponses et partage ses connaissances sur l’histoire du club finistérien.

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Rappel de l’histoire brestoise
CSO: Si tu devais expliquer le Stade brestois à un supporter lensois qui n’a jamais mis les pieds à Francis-Le Blé, tu lui dirais quoi en une phrase ?
Pierre: En une phrase ? C’est rude ! On va détailler un peu. Le Stade brestois, c’est un club de 75 ans au parcours rocailleux, qui a connu pas mal de vies. Il est né de la fusion de patronages catholiques en 1950 pour faire concurrence à l’excellent club laïc de l’ASB. Puis il a gravi petit à petit les échelons locaux jusqu’à intégrer la D1 grâce à une victoire… contre Lens en 1979. A suivi une décennie faste sous l’appellation Brest Armorique. Période pendant laquelle le club a fait venir et formé bon nombre d’excellents joueurs. Je peux citer parmi eux les Yvon Le Roux, Vincent Guérin, Paul Le Guen, Corentin Martins, Patrick Colleter, Drago Vabec, David Ginola, José Luis Brown, Julio Cesar, Bernard Lama, Bernard Pardo, Joël Henry et j’en passe.
Période faste mais aussi opulente, ce qui a causé la chute du club en 1991, où il est reparti de troisième division. Brest est même descendu en quatrième division en 1997. Avant de retrouver le professionnalisme dans les années 2000 et enfin la Ligue 1 en 2010 puis 2019. Échaudé par ce passif lourd, c’est un club qui fait aujourd’hui très attention à ses finances. Le Stade brestois 29 doit continuellement se battre pour son maintien avant d’envisager regarder plus haut. Un petit peu comme avec la marotte des Auxerrois dans les années 1990.
Sous l’entraîneur Éric Roy depuis trois saisons, Brest a vécu un rêve éveillé en finissant troisième, devant vos voisins, en 2024. Nous avons ainsi obtenu une qualification historique en Ligue des Champions. De retour à la réalité aujourd’hui, Brest se bat avec ses armes et s’appuie sur un soutien populaire pour faire de Le Blé un terrain qu’il est difficile d’apprivoiser pour un adversaire. Ainsi, avant la défaite 3-4 contre Rennes, Brest restait sur sept succès en huit matches à domicile.
Quel chant ou quel moment de tribune représente le mieux l’âme brestoise ?
Difficile de ne pas citer « Fanny de Laninon » qui est un chant de marin qui se place dans le décor du Brest d’avant puis d’après-guerre. C’est un peu nos « Corons » à nous, mais en différent.
Quand tu penses à Lens, c’est plutôt respect, rivalité ou admiration ? Et pourquoi ?
D’un point de vue strictement personnel, j’ai beaucoup de respect pour le Racing. J’ai vraiment découvert la D1 avec votre titre de champion en 1998. Par bien des aspects, c’est un club qui est inspirant par ses tribunes, son histoire mais aussi sa capacité à toujours se dépasser. Qui aurait pu parier sur la saison 1997-98 dix ans plus tôt, de même pour les saisons 2022-23 et 2025-26 ?
Une culture commune de l’amour et du dépassement de soi
Observes-tu des points communs entre Brest et Lens ?
Ça peut paraître banal dit comme ça, mais il y a une vraie culture de l’amour du dépassement de soi qui prend le pas sur le strict résultat. Et c’est loin d’être commun dans les stades de Ligue 1. Sans objectif de comparaison, ça se traduit par un soutien très particulier du public qui rend la tâche vraiment ardue aux visiteurs.
Au-delà de ces aspects, il est intéressant de rappeler que sans le RC Lens, le Stade brestois ne serait pas ce qu’il est. J’ai parlé du match de la première accession en D1 plus haut, mais c’est aussi un Lensois, Francis Chopin, qui a pris en main le club à sa création. Il était entraîneur-joueur quand il a emmené le club sur le toit du monde amateur dans les années 1950-60. Sans lui… pas sûr que l’histoire aurait été pareille.

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Dans le duel de vendredi, qu’est-ce qui t’inquiète le plus, et qu’est-ce qui te rend confiant ?
Ce qui m’inquiète, c’est le potentiel relâchement qui fait suite à la certitude de terminer dans le ventre mou (après l’acquisition du maintien, et l’abandon des rêves européens à Monaco il y a un mois). Les prestations sont globalement décevantes depuis et ce serait dommage de finir en roue libre. D’un autre côté, paradoxalement, le derby contre Rennes a certes été perdu, mais sans qu’on observe une équipe en vacances pour autant, ce qui me laisse penser que face à leur public, les joueurs ont toujours la force de bien faire. Il faudra être plus serein derrière, cela dit.
Un autre motif d’espoir, c’est la belle résistance que Brest avait montrée chez vous à l’aller, avant l’expulsion de Majecki. Je parlais des finances tout à l’heure, elles ont pour conséquence de rendre les mois d’août compliqués avec des effectifs construits sur les tous derniers jours du mercato, et dans ce contexte, les 55 premières minutes avaient été intéressantes.
Quel joueur brestois pourrait devenir le cauchemar du public lensois ce week-end ?
Je pense que Kamory Doumbia sera trop juste et c’est dommage, tant Brest est plus à l’aise avec que sans, cette saison. Donc je vais te répondre Ludovic Ajorque, qui a été directement impliqué sur des buts huit fois depuis février et a été l’homme fort du premier trimestre de l’année à Brest.
Une saison jugée comme satisfaisante
Rémy Labeau-Lascary est prêté par Lens à Brest cette année. Quel est ton regard sur sa saison ?
Il n’était pas programmé pour rejoindre Brest à la base, mais Angers. Je dois dire que j’étais à la fois content qu’il arrive, mais aussi dans l’attente de savoir s’il pourrait se remettre de sa grave blessure. Et il a retrouvé des couleurs. Étant donné son histoire, je trouve qu’il a su par sa rapidité s’emmener pas mal d’occasions, et sa technique lui a permis d’inscrire quelques jolis buts (décisif toutes les 165 minutes). Encore un peu de déchet devant la cage, comme dimanche à Nantes, mais globalement c’est une saison positive pour lui. Il s’est d’ailleurs imposé comme un titulaire en puissance sur une aile qui aurait pu être bien plus concurrentielle.
Globalement, es-tu satisfait de la saison de ton équipe ? Quels sont les objectifs pour la fin du championnat ?
Oui, quand t’es Brest et que tu rêves encore d’Europe en mars, tu es content. Je le disais plus haut, les mois d’août ne sont que du bonus ici. Il a fallu être costaud pour se maintenir tranquillement après avoir perdu Mahdi Camara, Pierre Lees-Melou et Marco Bizot. Alors certes, ce n’est pas le podium de 2024, nous n’avons pas accroché les champions de plusieurs pays dans la plus prestigieuse des compétitions européennes. Mais enchaîner aussi sereinement un septième maintien consécutif, c’est tout bonnement inédit. C’est dommage de baisser un peu le pied sur la fin, mais c’est aussi humain. L’objectif pour la fin, il n’y en a plus vraiment, à part finir le mieux possible.
As-tu des attentes spécifiques pour la saison prochaine ?
La saison prochaine va être très floue parce que le directeur sportif Gregory Lorenzi est sur le départ. Il a abattu un travail colossal pendant dix ans pour construire des effectifs avec des bouts de ficelle. Il sera très difficilement remplaçable. Ce qu’on peut souhaiter, c’est de la continuité. Faire au mieux avec ce qu’on a, et si on peut mettre un peu de beurre dans les épinards, on prendra. Mais le maintien avant tout, dans un contexte économique toujours plus restreint.
Pour conclure, quel scénario imagines-tu pour la rencontre de vendredi ?
Le match peut être plus ouvert qu’il n’y paraît, car si la dynamique brestoise n’est pas la meilleure, la dynamique lensoise à l’extérieur n’est pas folle non plus. On a pris pour habitude de voir des confrontations entre nos deux équipes à quatre ou cinq buts, alors souhaitons nous un joli festival offensif.
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Un grand merci à Pierre pour la qualité de ses réponses et le partage de ses connaissances historiques sur le Stade brestois 29

