Des accents du Sud, des histoires de Lens

De Sotoca à Cahuzac, plusieurs des hommes qui donnent le ton au Racing ont leurs racines dans le sud de la France. D’autres, comme Thauvin, y ont surtout gagné une place dans notre imaginaire. Une géographie un peu fantaisiste, qui raconte aussi notre manière de nous reconnaître dans ceux qui portent le maillot.

Edito - 02/11/2026
Le début d’une belle histoire – Photo CSO

Le Sud commence où ça nous arrange

Florian Thauvin est né à Orléans, dans le Loiret. On le sait. Notre imaginaire de supporters n’a jamais trouvé cette information très convaincante. Ses années bastiaises et marseillaises ont fait leur œuvre : dans nos têtes, Thauvin est un gars du Sud. L’état civil a ses raisons. Le football aussi.

Il faudrait d’ailleurs regarder les figures de notre club avec un atlas à portée de main. Jonathan Gradit vient de Talence, Florian Sotoca de Narbonne, Ruben Aguilar de Grenoble. Jean-Louis Leca et Yannick Cahuzac ont leurs racines en Corse. Florent Ghisolfi, autre acteur important de la reconstruction sportive, est né à Aubagne. Les routes, les histoires et les paysages diffèrent. Depuis Bollaert, nous trouvons pourtant assez commode de réunir tout ce beau monde dans le « Sud ».

Edito - 02/11/2026
Il est pas beau ce soleil du nord ? – Photo CSO

Les pingouins ont de la mémoire

Ce fameux « Sud » contient bien davantage qu’une position sur la carte. Nous y rangeons des accents, des souvenirs de vacances, des conversations où les mains prolongent les phrases et des maillots aperçus pendant des années à la télévision. Celui de Thauvin a par exemple longtemps été blanc et bleu.

Dans l’autre sens, nous savons combien les clichés peuvent avoir la vie dure. En janvier 1999, alors que le Vélodrome était suspendu, l’idée de disputer un OM–Lens en seizième de finale de Coupe de la Ligue à Bollaert, avait fait remonter l’Artois de quelques latitudes dans l’imaginaire de Rolland Courbis. On lui attribue cette saillie : « La pelouse de Bollaert à cette époque doit tellement ressembler à une banquise que je ne serais pas surpris d’y voir des pingouins ! » Le match s’était finalement joué à Caen. Les pingouins, eux, avaient déjà trouvé leur place dans la mémoire lensoise.

Lorsqu’il s’installe sur notre banc en 2000, le Marseillais retrouve donc cette plaisanterie dans ses bagages. « Je peux regretter certains de mes propos, mais je n’ai jamais comparé les gens du Nord à des pingouins », assurait-il alors. La mise au point était nécessaire : une partie des supporters avait assez peu goûté à la comparaison polaire. Nous avons beaucoup d’humour sur nous-mêmes, et quelques réserves sur celui des autres.

L’histoire mérite toutefois sa nuance : dès l’été 2000, les réserves initiales s’atténuaient. Courbis avait commencé à trouver sa place avant que son aventure ne s’achève, quelques mois plus tard, sur des difficultés sportives. 

Des qualités bien de chez nous

La présence de tous ces hommes a fini par produire un curieux effet. Beaucoup des qualités que nous aimons considérer comme lensoises ont pris, ces dernières années, des visages venus du Sud.

Sotoca en est une illustration presque trop commode. Le garçon de Narbonne court, revient, repart, propose une solution, puis se rend disponible pour la suivante. Sa longue progression dans les divisions inférieures, son goût de l’effort et son attention au collectif composent un portrait dans lequel le public lensois se reconnaît facilement. Arrivé en 2019, il a accompagné le Racing de la Ligue 2 à la Ligue des champions. Son rôle se prolonge dans le vestiaire, où il compte parmi les relais du staff et les repères du groupe.

Que Sotoca multiplie les courses, et nous y reconnaissons volontiers l’abnégation lensoise. Qu’il laisse entendre son accent, et nous retrouvons le garçon de Narbonne. Quand on vous dit que notre géographie est assez souple.

Gradit appartient à la même histoire. Lui aussi arrivé en 2019, il a installé sa manière de défendre dans nos habitudes de spectateurs : sortir sur un adversaire, accompagner une action, avancer balle au pied — faire la Perceuse, en somme. Au fil des saisons, le joueur formé à Bordeaux est devenu l’un de ceux auxquels on compare les nouveaux. On mesure leur assurance, leur engagement ou leur compréhension du jeu à des repères qu’il a contribué à fixer.

Aguilar, arrivé en 2023 après Montpellier et Monaco, s’est fait une place à force d’inlassables allers-retours dans son couloir. Au besoin, il quitte son aile pour évoluer dans la défense à trois. Le Grenoblois trouve toute sa place dans ce Sud lensois aux frontières accommodantes, et dans cette famille de joueurs qui ne trichent jamais même quand ils sont dans le dur. 

Thauvin, lui, porte désormais le brassard, alors que son histoire lensoise est plus récente. Son expérience et son talent en font un autre point d’appui du groupe. Il est arrivé avec un passé que nous connaissions déjà, parfois encombré de nos anciennes impressions. Nous le redécouvrons sous notre maillot : ce pied gauche que l’on commentait de loin engage désormais notre humeur du week-end. Il nous rappelle combien nous n’aimons pas seulement l’effort mais aussi l’audace, l’inspiration et l’élégance.

Nous avons un portrait assez précis du joueur qui nous représente : engagé, disponible et capable de faire une place aux autres. C’est notre ethos lensois : une certaine idée de la manière de jouer et de se comporter, que nous aimons retrouver chez ceux qui portent le maillot. Nous trouvons ce portrait si lensois que nous en oublions parfois d’où vient celui qui l’incarne. De Narbonne, par exemple.

Edito - 02/11/2026
Généreux – Photo CSO

Ceux qui donnent le ton

Cette présence méridionale s’est également installée en hautes sphères. Ghisolfi, entre 2019 et 2022, a accompagné le retour du Racing en Ligue 1 puis son installation dans l’élite. Leca, arrivé comme gardien en 2018, est devenu directeur sportif. Cahuzac, recruté comme milieu en 2019, a porté le brassard, rejoint le staff, poursuivi son apprentissage à Lorient, avant de revenir à Lens et d’en devenir l’entraîneur.

Ils ont vu le Racing changer de joueurs, d’entraîneurs et d’ambitions. Leur propre rôle a évolué avec lui. Une partie de ceux à qui l’on demande aujourd’hui de transmettre ce que signifie de jouer à Lens a découvert le club en venant de loin. Leca et Cahuzac offrent à cet égard une image assez savoureuse : deux Corses chargés, chacun dans sa fonction, de veiller à ce que Lens continue à ressembler à Lens.

Les années passent et les présentations se raccourcissent. Le joueur venu de Bordeaux, le Narbonnais, l’ancien de Bastia deviennent Jo’, Flo’, Jean-Louis, Cahu. L’affection s’installe dans cette familiarité, sans empêcher les discussions sur un centre, une titularisation ou un recrutement.

Surtout, leurs racines n’ont aucune raison de disparaître. On peut rester fidèle à son île et prendre Lens très à cœur. On peut conserver Narbonne dans sa voix et devenir un repère du vestiaire artésien. Les appartenances s’ajoutent, tandis que le club se nourrit lui aussi des caractéristiques de ceux qui le font vivre.


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