La Ligue 1, cette bonne copine

Pendant la trêve internationale, le Racing nous manque, bien sûr. Avec lui s’éclipsent aussi ses adversaires, les villes que nous traversons depuis l’enfance sans toujours y être allés. Nous avons connu une Ligue 1 qui peinait à remplir l’écran, et parfois à marquer un but. Mais il a toujours suffi qu’elle s’arrête pour que nous attendions son retour. Voici une déclaration d’amour de la part d’un millennial, avec la mauvaise foi que mérite toute histoire sérieuse.

Edito 28/09/26
Eh oui les ptits gars, c’est long la vie sans le RC Lens
Photo CSO

Le Mans, ou le retour des samedis d’enfance

Il y a deux semaines, nous sommes arrivés au Mans avec Prague encore dans la tête. La Ligue des champions donne vite de mauvaises manières : après une pareille soirée, le déplacement chez un promu prend des airs de formalité dont on voudrait déjà connaître l’issue. L’embourgeoisement qui guette chaque supporter lensois nous murmurait que le vrai match serait peut être le suivant. Patrick Videira et ses joueurs ont vite remis les choses dans l’ordre : du pressing, du mouvement, de la verticalité, deux buts d’avance et, finalement, un nul (2-2). Accident de parcours ? Plutôt un adversaire profondément décidé à jouer au football, promue après deux montées consécutives.

Avant de nous ramener ainsi brutalement à la réalité présente, Le Mans nous avait déjà fait remonter le temps. En arrivant au stade Marie-Marvingt, nous pensions au MUC 72. Le club a changé de nom, son enceinte aussi, mais quelques couleurs et une affiche qui sentait bon la Ligue 1 suffisaient à revoir Grafite, Matsui et autres Gervinho. On se souvient de ces effectifs vingt ans plus tard. Ils habitaient nos samedis soirs des années 2000. FlashRésultats n’habitait pas encore nos poches. À Bollaert, les résultats des autres terrains nous arrivaient par la voix de Dominique Régia-Corte ou de l’inoubliable Roger Rudynski. À la mi-temps, puis à la fin du match, on tendait l’oreille sous le brouhaha des tribunes pour attraper un score. Pour ceux qui n’avaient pas les chaînes du câble, il y avait la radio. Jean Bommel racontait les buts du Racing sur RMC ; nous lui laissions la voix et nous nous chargions des images. Certains buts furent sans doute plus beaux dans nos têtes qu’ils ne l’étaient sur la pelouse.

Le samedi, on terminait nos devoirs avec une ponctualité qui ne nous ressemblait guère. Le dimanche matin, nous guettions la fin d’Auto-Moto devant le bol de céréales. Téléfoot allait enfin montrer les buts de la veille, et surtout ceux marqués en seconde période, quand nous avions dû aller nous coucher en laissant les matchs continuer sans nous. Si nous rations ce rendez-vous, il restait le télétexte, ses caractères carrés, ses pixels qui brûlaient les yeux et ses scores à déchiffrer sur l’écran du salon. Nous savions ce qui s’était passé ; il nous restait à imaginer comment.

Edito 28/09
Dominique Régia-Corte devant la Marek d’antan
Photo CSO

Cette Ligue 1 qui ne nous fait aucun cadeau

Il ne faudrait pas laisser la nostalgie tout embellir. La perfide Albion, jamais en retard d’une amabilité, avait baptisé notre championnat « Ligue des fermiers ». La formule était paresseuse ; il nous arrivait pourtant de regarder notre championnat en nous demandant s’il comptait finir par marquer. Les 14 et 15 avril 2007, lors de la 32e journée, six des dix rencontres s’achevaient sur un 0-0. Nantes-Lens en faisait partie. Huit buts en tout.

Sur les saisons 2000-2001 à 2009-2010, près d’un match sur neuf s’est terminé sans but ; depuis 2020, c’est un sur quinze environ. Il y eut des soirs face au Bordeaux de Ricardo, à l’AJ Auxerre de Jean Fernandez ou au Nancy de Pablo Correa où nous avions le sentiment qu’une occasion de but serait déjà un événement. La prudence et la frilosité de ces équipes avaient leurs vertus et leurs résultats leur donnaient parfois raison. Mais les attaquants d’alors étaient probablement moins cliniques que ceux de notre époque.

Ce qui plaît dans la Ligue 1 d’aujourd’hui, c’est la variété des problèmes qu’elle nous pose. Le Mans vient nous chercher ; Lorient, entraîné par Alexandre Dujeux, joue sans complexe à Bollaert. À Monaco, Filipe Luís, défend d’autres idées encore. Dans la ligue des talents, à chaque semaine suffit sa peine. Ce championnat se prête mal aux certitudes toutes faites. Difficile d’attribuer l’échec de Dino Toppmöller à sa seule nationalité, mais son court passage a toutefois rappelé une évidence : il est plus facile de réussir en Ligue 1 lorsqu’on la connaît, qu’on la sent et qu’on a pris le temps de l’apprivoiser.

Edito 28/09
Le joueur-totem par excellence : M.Aruna Dindane
Photo CSO

Auxerre, Rennes, Brest : la mémoire de nos déplacements

Auxerre, que nous avons déjà croisé cette saison, nous parle autrement. De 2012 à 2022, l’Abbé-Deschamps a vécu hors de la Ligue 1. L’AJA jouait toujours, bien sûr, mais il manquait dans le grand album du championnat une page qui nous était familière. Voilà pourquoi nous gardons désormais un œil sur les divisions inférieurs et espérons y voir Saint-Étienne, Nantes et Sochaux préparer leur retour. Et pourquoi pas, un jour, Sedan.

La carte de France du supporter lensois a aussi ses endroits où l’on serre les dents. Nice, dont on ne rapporte jamais des points comme un dû. La Corse, ses terrains et ses tribunes qui vous rappelaient que vous êtes loin de chez vous. La Meinau, pleine, où Strasbourg nous a encore renversés cette saison. Francis-Le Blé : quelque chose d’électrique y circule et nous y perdons volontiers les pédales. Nul besoin de rappeler le déplacement d’août 2023 où nous avions le vent dans le dos avant de prendre le tonnerre de Brest en pleine figure. Ou Rennes, lorsqu’en février 2006, John Utaka, qui avait marqué par trois fois, a célébré ses buts. Les plus jeunes d’entre nous avaient le cœur brisé et se demandaient comment le Nigérian pouvait être aussi heureux. Le genre de chagrin qui forge le cœur d’un supporter.

Ceux qui ont commencé à suivre la Ligue 1 dans les années 1990 ou 2000 se souviennent d’un championnat qui savait mal se montrer. Des pelouses d’hiver et des retransmissions peu flatteuses. Au Stadium de Toulouse, certains plans larges laissaient les spectateurs se perdre au milieu des sièges vides. Bollaert, le Vélodrome et Geoffroy-Guichard savaient déjà crever l’écran. D’autres tribunes les ont rejoints. En 2005-2006, la Ligue 1 réunissait un peu plus de 21 500 spectateurs par match et remplissait ses stades à 73% ; en 2025-2026, elle affichait 27 588 spectateurs et 87,4% de remplissage. Les clubs, les enceintes et leur capacité ont changé entre-temps. Désormais ce plaisir : derrière les joueurs, nous voyons plus souvent des visages que du béton. À Troyes, il y a encore de la place pour nous faire mentir. Sinon, qu’ils nous laissent nous charger de l’ambiance.

Le prochain match du Racing, au retour de la trêve, sera contre Lyon à Bollaert. Peu importe la place de l’OL au classement : Lens-Lyon a toujours eu cette façon de nous faire lever les yeux du calendrier. Nous revoyons la billetterie physique, sa devanture et ces trois mots, « match de gala », qui nous mettaient le cœur en émoi. Aujourd’hui, nous avons les charmes de la billetterie en ligne, dont l’efficacité nous laisse parfois tout le loisir de regretter le guichet. Les habitudes ont changé. Mais quand les septuples champions des années 2000 viennent à Bollaert, il se passe encore ce petit quelque chose que personne n’a réussi à dématérialiser.

Édito 28/09/26
Rendez-vous vendredi 9 octobre pour la réception de Lyon – Photo CSO

La Ligue 1 dans nos tribunes et nos salons

Notre attachement ne s’est pas seulement construit dans les stades. Repensons à ces samedis d’hiver où la nuit tombait avant les premiers coups d’envoi. Dehors, le froid ; dedans, la lumière du multiplex. Smaïl Bouabdellah et Élie Baup passaient d’une ville à l’autre, et leurs voix suffisaient pour que cinq matchs composent notre soirée. Et pendant nos années de Ligue 2, que dire du duo Samuel Ollivier-Robert Malm qui nous tenait compagnie. On les aurait crus installés dans notre salon, à discuter une faute et à attendre avec nous le prochain but du Racing. On retrouvait leurs voix avec le plaisir familier de voir arriver deux vieux copains pour regarder un match.

Nous regrettons d’autant plus le nom que porte désormais notre championnat. Toutes ces villes, ces tribunes et ces heures de notre vie, rangées sous l’enseigne de McDonald’s, géant de la restauration rapide et symbole de la malbouffe mondialisée. Nous disions autrefois « Ligue 1 Orange ». C’était déjà une marque, personne n’en disconviendra. Mais ces mots ont fini par prendre la couleur d’une époque durant laquelle nous nous sommes profondément attachés au Racing. 

Puis vient la trêve internationale. Nous ouvrons le calendrier par réflexe, découvrons un samedi sans Lens et ne savons pas très bien quoi faire de tout ce temps raisonnablement libéré. Nous attendons le Racing, désespérément. Nous attendons aussi ceux qui lui résiste : Lyon et son air de gala, Brest qui ne nous promet rien, Le Mans que nous avions eu tort de croire docile, Auxerre et les pages de notre vieille géographie. Nous attendons notre Ligue 1 : celle qui nous fait râler le dimanche, débattre le lundi et compter les jours jusqu’au prochain coup d’envoi.

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