Plus de trente ans après avoir vu son parcours européen s’arrêter face au Slavia Prague, le RC Lens retrouve le club tchèque pour ouvrir sa campagne de Ligue des Champions. Mais derrière ces retrouvailles se cache une attente plus longue encore : le Racing n’a plus remporté le moindre match européen à l’extérieur depuis le 29 septembre 2005, soit seize déplacements consécutifs. Pour autant, le Slavia n’a rien de l’adversaire idéal pour refermer cette parenthèse.

À Prague, pour renouer avec notre histoire européenne
Pour son retour en Ligue des Champions, trois ans après l’épopée durant laquelle le club fanion aura affronté Séville, Arsenal et le PSV Eindhoven, le RC Lens commencera par retrouver un adversaire déjà croisé dans une autre vie européenne.
Jeudi 10 septembre à 21 heures, les Sang et Or seront reçus par le SK Slavia Praha à l’Eden Arena, qui doit son nom au secteur d’Eden, dans le quartier de Vršovice. Ou plutôt à la Fortuna Arena : dans son infinie quête de poésie, le naming a préféré au nom d’Eden celui d’un site de paris sportifs. Cette première journée ne décidera évidemment pas de l’avenir européen du Racing. Mais dans un calendrier qui conduira ensuite nos Lensois à Liverpool et Leipzig, tout en recevant Manchester City à Bollaert, on imagine bien que les points abandonnés du côté de Prague pourraient coûter cher.
De Šmicer à Sima, un pont entre Prague et Lens
Lens et le Slavia ne se sont croisés que lors d’une seule double confrontation, au troisième tour de la Coupe UEFA 1995-1996 — l’équivalent, à l’époque, des huitièmes de finale. Après avoir obtenu un match nul à Prague (0-0), les hommes de Patrice Bergues furent éliminés à Bollaert par un but de Karel Poborský inscrit au début de la prolongation, à la 96e minute.
La confrontation de 1995 possède un témoin devenu particulièrement familier dans l’Artois. Lors de l’élimination du Racing, Vladimír Šmicer portait encore les couleurs du Slavia. Quelques mois plus tard, après avoir remporté un titre de champion attendu depuis quarante-neuf ans et atteint les demi-finales de la Coupe UEFA avec le club pragois, le jeune international tchèque quittait l’Eden pour le temple artésien de Bollaert, dans le sillage d’un Euro 1996 achevé en finale.
L’ancien adversaire allait rapidement devenir une légende lensoise. Entre 1996 et 1999, Šmicer disputa 91 rencontres de championnat et inscrivit 16 buts sous le maillot sang et or. Mais c’est surtout son élégance, sa qualité technique et son intelligence de jeu qui marquèrent les esprits et accompagnèrent les plus belles heures du Racing : le titre de champion de France en 1998, puis la Coupe de la Ligue en 1999.
Trente et un ans plus tard, Abdallah Sima s’apprête à emprunter le chemin inverse. L’attaquant lensois a connu au Slavia l’explosion qui a lancé sa carrière européenne. Arrivé à l’été 2020 pour intégrer la réserve, après un passage dans les divisions inférieures tchèques, le Sénégalais fut propulsé en équipe première quelques semaines plus tard. Une ascension éclair : 16 buts et 7 passes décisives en 39 rencontres, le titre de meilleur espoir du championnat et un doublé coupe-championnat. Sur la scène européenne, il avait notamment marqué lors des deux confrontations contre Nice, puis à Leicester pour envoyer le Slavia en huitièmes de finale de Ligue Europa. Celui qui allait devenir « Monsieur Coupe de France » avait enfin inscrit l’unique but de la finale de la Coupe de Tchéquie contre le Viktoria Plzeň.
La nouvelle future coqueluche de Bollaert ne retrouvera donc pas seulement une ancienne équipe, mais le stade et l’entraîneur qui l’ont révélé. L’effectif pragois a évidemment évolué depuis son départ, mais Jindřich Trpišovský est toujours aux commandes et plusieurs cadres de l’époque tels que Tomas Holes, Lukas Provod, Ivan Schranz ou David Zima sont encore présents. Cette longévité a permis de conserver bien plus que des noms : les joueurs se connaissent, partagent des automatismes et maîtrisent les exigences d’un entraîneur installé depuis janvier 2018. Avant même ses qualités individuelles, le Slavia est donc une équipe stable et profondément rodée. Stabilité qui n’est pas le maître mot du Racing qui a subi de nombreux remaniements durant l’été.

Le Slavia, une institution au sommet du football tchèque
Fondé en 1892 par des étudiants tchèques, alors que Prague appartenait encore à l’Empire austro-hongrois, le Slavia est l’une des plus anciennes institutions sportives du pays. Depuis son premier match de football, disputé en 1896, son identité repose sur ce maillot partagé entre le rouge et le blanc, accompagné d’une étoile rouge orientée vers le bas.Cette tenue cousue à partir de deux moitiés a donné au club son surnom le plus célèbre : les Sešívaní, « les Cousus ».
Le palmarès est à la hauteur de cette longévité. En mai dernier, le Slavia a décroché le 23e titre de champion de son histoire et conservé une couronne déjà remportée en 2025. Son entraîneur, Jindřich Trpišovský, a conduit le club à cinq titres nationaux et quatre Coupes de Tchéquie.
À l’échelle nationale, le Slavia forme avec le Sparta Prague le duopole historique du football tchèque. En nombre de championnats remportés, seul son grand rival de la capitale le devance, avec 38 titres contre 23. Cette domination à deux têtes a toutefois été bousculée depuis les années 2010 par l’émergence du Viktoria Plzeň, sacré à six reprises depuis son premier titre en 2011 et désormais installé comme la troisième force du football tchèque contemporain. Le Slavia n’est donc pas seulement l’équipe dominante du moment : il appartient au cercle très restreint des grandes institutions du pays.
Une stabilité institutionnelle et sportive qui lui a également permis de s’installer durablement sur la scène continentale. Le club dispute une phase de groupes ou de ligue d’une compétition européenne pour la dixième saison consécutive. Sa réputation internationale demeure peut-être plus discrète que celle des géants qu’il y côtoie ; son expérience, elle, ne l’est pas. Le Racing devra donc se présenter à Prague avec toute l’humilité qu’impose un adversaire aussi habitué à ces rendez-vous.
Un champion lancé et diminué
Sur le plan sportif, le Slavia abordera cette rencontre avec davantage de certitudes que le Racing. Après sept journées de championnat, les doubles champions en titre occupent la première place avec cinq victoires, deux matches nuls, 21 buts marqués et seulement cinq encaissés. Leur succès 3-0 sur le terrain du Sparta, dans le derby de la capitale, a encore renforcé l’impression de puissance laissée par ce début de saison.
Jindřich Trpišovský organise généralement son équipe autour de trois défenseurs centraux, de pistons très remuants et d’un trio offensif. Les Tchèques cherchent à produire un pressing haut afin d’étouffer la relance adverse, avec une grande densité dans les duels et une volonté permanente de gratter les deuxièmes ballons. Dès la récupération, le jeu devient immédiatement vertical. Une organisation et un football qui rappellent donc certains principes familiers dans l’Artois.
Les coups de pied arrêtés représentent également une arme majeure. Du haut de ses deux mètres et de ses 100 kg, Tomáš Chorý sert de point d’appui, mobilise les défenseurs et libère les espaces autour de lui. Pour sa première titularisation de la saison, samedi contre Brno, l’international tchèque a inscrit un doublé.
À ses côtés, Mojmír Chytil a déjà marqué quatre fois. Mais la révélation du début de saison se nomme Wiktor Nowak. Recruté cet été au Górnik Zabrze, le milieu offensif polonais de 21 ans compte lui aussi quatre buts en sept journées. Grand, infatigable et agressif à la récupération, il peut évoluer comme relayeur ou derrière l’attaquant. Son profil correspond presque trop parfaitement au football prôné par Trpišovský.
Cette mécanique collective abordera néanmoins la rencontre avec plusieurs pièces manquantes. Lukáš Provod, maître à jouer du Slavia et auteur de plus de 50 passes décisives sous ce maillot, semble devoir déclarer forfait après s’être blessé aux ligaments de la cheville contre Brno. David Zima, quant à lui, reste incertain après avoir présenté des symptômes évoquant une légère commotion lors de la même rencontre. Tomáš Holeš est, lui, annoncé indisponible.
Enfin, le tirage aurait pu offrir d’autres retrouvailles. Arrivé au club cet été, Ange N’Guessan connaît bien la Gaillette où il a été formé avant de rejoindre le Torino. Mais en raison d’une blessure au mollet droit, le défenseur français de 23 ans ne pourra pas effectuer ses débuts en Ligue des Champions face au club qui l’a vu grandir.
Depuis 2005, l’interminable attente lensoise
Toute cette expérience n’a pourtant pas permis au Slavia de briser son plafond de verre dans la plus prestigieuse compétition européenne. La saison dernière, les Pragois ont terminé à la 34e place de la phase de ligue, avec trois matchs nuls et cinq défaites. Leur dernière victoire dans le tableau principal de la compétition remonte à septembre 2007, contre le Steaua Bucarest. Depuis, le Slavia a disputé 19 rencontres de Ligue des Champions sans en gagner une seule.
La statistique pourrait être rassurante jusqu’à ce que l’on découvre que Lens n’a, de son côté, plus gagné à l’extérieur en Coupe d’Europe depuis septembre 2005. Ce soir-là, les hommes de Francis Gillot s’étaient imposés 4-2 en Pologne, sur le terrain du Groclin Grodzisk Wielkopolski. Depuis cette victoire, le Racing a enchaîné seize déplacements continentaux : sept matches nuls, neuf défaites et aucun succès. Près de vingt et un ans plus tard, le rendez-vous de Prague ne constitue donc pas seulement la première étape d’une nouvelle campagne. Il offre au RC Lens l’occasion de mettre fin à une série pour le moins vertigineuse.
Deux longues attentes se feront ainsi face jeudi soir : celle du Slavia, qui cherche à regagner un match de Ligue des Champions depuis 2007, et celle de Lens, qui rêve d’une victoire européenne à l’extérieur depuis 2005. Le calendrier a parfois le sens de l’archive ; au Racing d’y inscrire enfin une nouvelle date.

