Oublié des grandes encyclopédies du football, mais gravé dans la mémoire de ceux qui l’ont vu jouer, Édouard Wawrzeniak, plus connu sous le nom de Waggi, fait partie de ces destins qui racontent à la fois l’histoire d’un sport, d’une région et d’une époque. De ses débuts prometteurs à Lens jusqu’à son rôle de formateur à Cusset, en passant par un titre de champion de France avec l’OM et une sélection en Bleu, son parcours mérite d’être redécouvert.

Photo Gallica BNF
Les débuts à Lens
Né à Oberhausen en Allemagne le 28 septembre 1912, Waggi est le fils de Joseph et d’Agnès Sniatecka. Sa famille s’installe à Harnes après avoir quitté l’Allemagne. Son frère Stanislas devient houilleur dans la cité minière, tandis que lui choisit un autre chemin. S’il est monteur électricien de métier, il consacre pourtant l’essentiel de sa vie à sa passion : le football.
Waggi fait ses premiers pas dans le monde du ballon rond à quelques kilomètres de chez lui, au RC Lens. Avec les juniors du club, il devient champion d’Artois de troisième division. En 1930-31, le RC Lens traverse une période compliquée. Les résultats sont décevants et les tensions s’installent au sein du comité directeur. Lors de l’assemblée générale, le président René Moglia finit par démissionner, remplacé par Georges Renoult. Ce dernier décide d’impulser un nouvel élan en misant sur la jeunesse. C’est dans ce contexte que Waggi, encore adolescent, se voit offrir sa chance aux côtés d’autres jeunes espoirs : les frères Zornig et Paul Mlekusch. Pour Waggi, c’est le véritable point de départ de sa carrière.
En 1933, le RC Lens souhaite franchir le cap de la professionnalisation. Mais le club tergiverse et envoie sa demande officielle trop tardivement : elle ne peut pas être enregistrée. Les conséquences sont immédiates. Faute d’avoir pu passer dans le monde pro, Lens perd deux de ses plus grands espoirs : Waggi et son ami Ignace Kowalczyk, qui rejoignent l’US Valenciennes. Deux futurs internationaux partis sous d’autres couleurs.
L’hémorragie aurait pu être plus grave encore, car Edmond Novicki était lui aussi courtisé, mais le règlement de l’époque interdisait plus de deux transferts vers des clubs professionnels. Lens doit donc rester une saison supplémentaire en division d’honneur, une compétition désormais affaiblie puisque l’Olympique Lillois, l’Excelsior AC et le SC Fives ont, eux, déjà basculé dans le monde pro. Cette saison se conclut à une difficile septième place. Le RC Lens ne franchira finalement le pas qu’en 1934, en rejoignant la deuxième division.
Valenciennes et l’équipe de France
En rejoignant l’US Valenciennes en 1933, Waggi franchit un nouveau palier. Aux côtés de son ami et complice de toujours, Ignace Kowalczyk, il s’impose rapidement comme un attaquant prometteur. Leur duo fait merveille et attire l’attention au-delà des frontières régionales.
Le 10 novembre 1935, la consécration arrive : fraîchement naturalisé, Waggi est sélectionné en Équipe de France en compagnie de Kowalczyk pour disputer un match amical contre la Suède. Ensemble, ils deviennent les deux premiers internationaux d’origine polonaise à porter le maillot bleu. La France s’impose 2 à 0 ce jour-là, lors de ce qui restera l’unique sélection de Waggi. Si Kowalczyk poursuivra sa carrière internationale jusqu’à disputer la Coupe du monde 1938, leur parcours restera longtemps associé : après Valenciennes, ils se suivront encore à Marseille puis au Havre, avant que leurs chemins ne se séparent définitivement.
L’épopée Marseillaise
En 1936, contacté par les dirigeants du club phocéen, Waggi saisit l’opportunité de rejoindre l’Olympique de Marseille. Sous la houlette de l’entraîneur József Eisenhoffer (futur entraîneur du RC Lens), il participe à l’épopée qui conduit l’OM à son premier titre de champion de France en 1937 aux côté de son ami Ignace et du grand Mario Zatelli. Malgré un temps de jeu très limité, Waggi se distingue en marquant tout de même trois buts, confirmant son talent de finisseur.
Le Havre : l’expérience normande
Après son court passage à Marseille, Waggi rejoint Le Havre pour la saison 1937-38, pour la somme de 80 000 francs. Il s’installe au 32 rue Voltaire, dans le quartier Niemeyer. Sous la direction de l’entraîneur Josef Schneider, l’un des grands joueurs de la fameuse école autrichienne, il évolue aux côtés de joueurs internationaux suisses, comme le gardien Schlegel et l’avant-centre Frigerio.

Photo Poteaux carrés
Sa saison est couronnée de succès. Le Havre atteint la demi-finale de la Coupe de France (est éliminé par Marseille) et décroche le titre de champion de deuxième division. Waggi brille aussi avec l’équipe de Normandie lors des sélections régionales. À cette période, il retourne également dans le Nord, à Harnes, pour épouser Thérèse Stonczewski, le 17 juillet 1937.
Retour dans le nord
Après un bref passage à Longwy, Waggi revient dans le Nord et rejoint le SC Fives, où il s’installe au 8 rue Jean Macé. Il participe aux belles campagnes du SC Fives en Coupe de France : demi-finaliste en 1939 contre le RC Paris et finaliste en 1941, battu par les Girondins, aux côtés de François Bourbotte et d’un ancien partenaire lensois, Edmond Novicki. En novembre 1941, il est de nouveau sélectionné dans l’équipe régionale du Nord pour affronter Paris à Saint-Ouen. Vieillissant, Waggi ne fait plus l’unanimité :
Enfin, Waggi est… Waggi. Les années passent, et il ne rappelle plus que de façon très épisodique l’ailier gauche qui jouait aux côtés d’Ignace dans l’équipe de Valenciennes.
Il sera néanmoins encore sélectionné jusqu’en 1942 par le sélectionneur de l’époque, M. Barreau.
Après un passage très discret à Lyon, il rejoint le RC Vichy en 1945, où il endosse la double casquette de joueur-entraîneur. Pour pouvoir continuer à jouer au sein de l’équipe amateur du club, il reçoit la licence verte d’ex-professionnel, marquant ainsi la fin de sa carrière professionnelle.

Photo FFF
Un Allier de taille
Après son passage dans l’Allier au RC Vichy, Waggi rejoint le club voisin, le SCA Cusset, à partir de 1948, où il officie également en tant qu’entraîneur-joueur. C’est à Cusset qu’il découvre et forme René Ferrier, futur international français et légende de l’AS Saint-Étienne. Il transmet son expérience à toute une génération de joueurs locaux, laissant une empreinte durable dans le football cussétois. Le stade près du cimetière porte aujourd’hui son nom, en hommage à ce buteur et éducateur hors pair.

En dehors du terrain, il devient un personnage incontournable de la ville en exploitant un café au centre-ville, l’actuelle brasserie « Le Victor Hugo », où les anciens Cussétois se retrouvaient pour partager leur passion du football.
Édouard Wawrzeniak s’éteint le 17 avril 1991 à Clermont-Ferrand, laissant derrière lui le souvenir d’un joueur talentueux et, avec son ami Ignace Kowalczyk, l’un des premiers Français d’origine polonaise à avoir porté le maillot bleu.
Sources :
- Rouen Gazette – 5 novembre 1937
- L’Aube – 8 novembre 1935
- L’Avenir – 17 janvier 1937
- L’Équipe – 1 novembre 1946
- Tous les sports – 10 janvier 1942
- Le grand écho du Nord – 11 juillet 1941
- Le petit Havre – 26 juin 1937
- La Montagne : Ferrier, Waggi et Saulnier : ces grands noms qui ont marqué l’histoire du Scac Cusset
- La Montagne : Formé à Cusset, René Ferrier a été un grand joueur professionnel de football
- Le républicain Lorrain : Polonais de France
- L’équipe de France de football, c’est l’histoire en raccourci d’un siècle d’immigration – Didier Braun
- Les immortels du football Nordiste – Paul Hurseau et Jacques Verhaeghe
- Plaquette souvenir du cinquantenaire du Racing Club de Lens
- archives du Pas-de-Calais
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