Les Lensois se sont inclinés ce week-end chez les Merlus (2-1). Le club lorientais est associé depuis toujours à ce poisson répandu dans les mers bretonnes. Il est d’ailleurs depuis toujours présent sur le blason du club. Ce que le Racing a quant à lui toujours eu sur son blason – depuis qu’il en a un, depuis 1955 – c’est la lampe de mineur. Cette lampe qui rappelle l’histoire du territoire, dont le club se fait maintenant l’écho.

Photo Culture Sang et Or
Le 10 mars 1906, un coup de poussier provoque la mort de 1.099 mineurs. Si la catastrophe est associée à la ville de Courrières, c’est en réalité 110 kilomètres de galeries et les fosses de Billy-Montigny, Sallaumines et Méricourt qui sont dévastés. Un quart de ces victimes n’avaient pas 18 ans. Cette catastrophe, ainsi que d’autres jusqu’à celle de Liévin en 1974, est solidement ancrée dans la mémoire collective du Bassin Minier. C’est une partie de notre histoire, indissociable de notre identité, comme le sont la Sainte-Barbe, les corons, l’immigration polonaise, les chevalements ou même la musique de Simon Colliez.
Honte et fierté
Pour autant, le Racing Club de Lens ne s’est pas toujours imprégné de l’histoire de la mine. À la suite de la fermeture de la dernière mine de la région, en 1990 à Oignies, le territoire et le club ont plutôt voulu tourner la page d’une activité qui était mal vue, associée au passé, à des clichés, à un certain misérabilisme. Peut-être aussi à la silicose, qui continuait à faire des ravages.
Puis est sorti le film Bienvenue chez les Ch’tis, en 2008, qui a immortalisé Bollaert, suscité un regain de fierté régionale et tourné en dérision le regard que peuvent avoir les étrangers sur le Nord de la France et le Bassin Minier. Ensuite, en 2012, ce Bassin est entré au patrimoine mondial de l’Unesco. Ces deux évènements marquent un retournement d’image. La mine n’est plus perçue comme une honte, quelque chose de sale qu’il faudrait oublier. Le territoire assume dorénavant son passé, toute une économie et une société qui ont façonné paysages et mentalités.
Et enfin, en 2016 arrive Joseph Oughourlian à la tête du Racing. Pas un natif de la région. Pourtant, l’Histoire retiendra très certainement que c’est sous sa présidence – et avec le travail de Benjamin Parrot, d’abord directeur de la communication – que le Racing s’est réancré dans son territoire. Le club choisissait se réapproprier l’histoire locale et de s’assumer comme porteur de cette tradition, lui qui jadis appartenait aux Houillères.
Le Racing se singularise
Aussi, pour les 120 ans de la catastrophe de Courrières, le club a organisé, à l’occasion du match contre Metz le 8 mars, une minute de silence, et posé un badge commémoratif sur le maillot des joueurs. En bons professionnels de la communication, les dirigeants se sont ainsi placés à la pointe des commémorations de cet anniversaire. L’on en deviendrait presque à se demander si le Racing n’est pas devenu aujourd’hui l’étendard de l’héritage minier du Pas-de-Calais. Ce n’est pas seulement cet anniversaire que l’on voit, c’est aussi le salon VIP qui mime une mine, le couloir d’entrée des joueurs sur le terrain, un maillot spécial Sainte-Barbe…
Il y a aussi ces lampes de mineur offertes à tout le monde, et dont nombre de supporters lensois auront remarqué la présence sur le bureau du président de la République lors de l’allocution du 3 mars sur la guerre au Moyen-Orient. Lampe qui avait été offerte au président par Joseph Oughourlian, et qui a occupé depuis une belle place à l’Élysée.
Tout ceci développe une image forte, avec un club qui se singularise et qui cultive sa cote auprès des fans de football de toute la France. Sauf chez les Lillois évidemment. Mais c’est aussi presque un paradoxe pour un club fondé par des commerçants et des notables, qui verra le patronage de la Compagnie des mines de Lens se mettre en place qu’en 1930, à une époque de grave crise économique pour la ville, puis cesser à une autre époque de crise, à la fin des années 1960.
Toute cette communication autour de l’histoire minière interroge : faut-il se réjouir de voir le Racing porter cet héritage industriel et humain ? Ou faut-il se désoler, s’inquiéter, de voir ce travail fait par un club de football ? Le club n’en fait-il dorénavant pas trop, au risque de perdre un peu en sincérité et authenticité ? Ne serait-il pas également motivé par des aspects mercantiles ? Car il reste un acteur privé… Autant de questions qui n’amènent pas de réponses définitives, mais qui nous incitent à suivre avec attention l’évolution de la communication du Racing.

