Ce n’est pas qu’une question de report

La décision de reporter Lens-PSG n’est pas une simple affaire de calendrier. Derrière se pose une question grave : à qui, au juste, appartient le foot français ? Et sommes-nous donc si faibles face à ceux qui envoient la Ligue 1 vers le mur ?

Les coulisses d’un match
Photo Culture Sang et Or

Ainsi donc il faudrait que la LFP se soumette — à l’unanimité, s’il vous plaît — aux moindres desiderata des Qataris. Tout cela pour, paraît-il, conserver la cinquième place à l’indice UEFA. Comme si ce déplacement des champions d’Europe à Bollaert allait permettre au Portugal de dépasser la France. Comme si une masse salariale cinq à dix fois supérieure ne suffisait pas.

Le Qatar comme fossoyeur de la Ligue 1

Dans la séquence médiatique qui s’est déroulée, jamais n’a été posée la question de savoir pourquoi les droits télé ont été divisés par quatre depuis le rachat du PSG par QSI en 2011. Jamais non plus n’est questionné le rôle de BeIn dans l’invisibilisation de la Ligue 1, et rarement s’interroge-t-on sur les moyens de mettre un terme aux conflits d’intérêts flagrants de Nasser al-Khelaïfi. Ce PSG version qatarie entretient une relation toxique avec la Ligue 1. Le club archidominant réussit le tour de force d’affaiblir chaque année son championnat et de se faire passer pour indispensable. Il n’y a heureusement que les faibles d’esprit ou les fanatisés pour gober ce story-telling. Comble de l’ironie : à la seconde où la Super Ligue sera créée, le PSG quittera la Ligue 1.

Aussi, le vote unanime pour le report du match Lens-PSG a fini de nous démontrer que la LFP était le petit jouet de Nasser al-Khelaïfi, et par extension de l’émir du Qatar. Ces membres du conseil d’administration sont-ils manipulés et aveugles pour participer ainsi au déclassement de la compétition qu’ils organisent ? Ou est-ce plus grave encore ?

Car cette micro-Nation qu’est le Qatar n’a pas, on le sait, que des méthodes respectables pour étendre son influence. Elle ne doit son existence qu’au pétrole et au gaz sur son territoire. Si elle cherche à rehausser sa réputation en investissant dans le sport, elle est entravée par son goût immodéré pour l’esclavagisme, l’emprisonnement arbitraire et son application stricte de la charia. Le pays a également été accusé d’être le premier ou l’un des premiers financeurs du terrorisme islamique. Enfin, en tant que propriétaires du Paris Saint-Germain, les Qataris ne peuvent s’empêcher, d’après leurs détracteurs, de harceler leurs salariés ou de lancer des campagnes de dénigrement contre leurs propres joueurs. C’est probablement plus fort qu’eux de n’avoir de respect pour rien ni personne.

Le déshonneur des dirigeants de la LFP

Pour ne serait-ce que dérouler le tapis rouge à Nasser al-Khelaïfi, il faut déjà avoir enterré une partie de son âme et de sa conscience. Mais pire encore, les membres de ce conseil d’administration de la LFP viennent de démontrer qu’ils lui mangeaient dans la main. Ce président a-t-il d’ailleurs gagné la Ligue des Champions grâce à l’intelligence de sa politique sportive ou à la longueur de son chéquier ?

Fier d’être Lensois
Photo Culture Sang et Or

C’est à ce dirigeant parachuté dans la capitale française, sans mérite ni qualité, que la Ligue se soumet. Et certains de jouer la petite musique selon laquelle on ne pourrait faire autrement, les Qataris sont les plus forts. Le Qatar, plus fort ? Ce pays, actuellement bombardé par l’Iran, est incapable de se défendre seul. Quand arrivera le jour où ses réserves de gaz et de pétrole seront taries, ou quand l’Arabie saoudite lèvera le doigt pour récupérer ce petit bout de territoire à la première tempête géopolitique, le monde oubliera très rapidement l’éphémère incursion de ces émirs dans les plus hautes sphères mondiales.

Ce n’est pas la question du report d’un match qui doit se discuter. C’est le constat que notre Ligue est soumise à la tyrannie du PSG et derrière lui, d’un État à la diplomatie trouble.

Le combat du Racing est celui de la réappropriation de la Ligue 1. Nous sommes des terriens, aime à dire Benjamin Parrot. Et en bons terriens, nous voilà abasourdis face à l’absurdité de ce vote, dégoûtés de constater l’étendue de la vanité et le goût du luxe du clan Labrune. Comment, maintenant, sortir de cette emprise mortifère ?

Ce soir, comme hier et demain, nous nous coucherons avec la rage face à cette injustice sportive, mais l’esprit tranquille. Nous avons la chance d’être les supporters d’un club respectable et honorable. Sans se l’avouer, des supporters parisiens, ceux qui ont une conscience politique du moins, nous envient. Plus que jamais : fiers d’être Lensois.

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