La nette victoire à Toulouse est celle d’un collectif qui arrive à forcer la décision, même les soirs où il propose un jeu imparfait. Au terme de la phase aller, le message est de plus en plus alarmant pour les rivaux, Paris SG excepté : ce RC Lens devient compliqué à suivre.

Photo CSO
Pendant que, dans des capitales de région dont nous tairons le nom, on pleure sur l’arbitrage ou on perd tout son calme, à Lens on bosse et on en récolte les résultats. Ce n’est probablement pas un hasard si les Sang et Or ne doivent plus combattre à dix, comme à Rennes et à Auxerre, et sont devenus l’équipe qui s’impose en supériorité numérique, comme à Monaco et à Toulouse. Au fil des journées, ils ont progressé dans la maîtrise.
L’exclusion en milieu de première période d’Edersonn, auteur d’un tacle d’attaquant, n’est que le symptôme d’une confrontation déséquilibrée dans l’entrejeu. Les uns ont de la réserve, comme sur l’action qui amène ce carton rouge ; les Lensois, comme ils le travaillent toute la semaine, repartent de l’avant avec sang-froid, en passant par leur gardien. Leurs vis-à-vis sont contraints à des efforts considérables pour récupérer le ballon.
Encore fallait-il marquer, après le choc qui a provoqué la sortie du meilleur buteur artésien, Odsonne Édouard. Au football, se retrouver à onze contre dix ne garantit que de trouver plus facilement des coéquipiers démarqués. Pas de gagner. Le premier acte au Stadium, de ce point de vue, fut assez frustrant, comme l’illustraient une frappe non cadrée de Florian Thauvin, pourtant placé dans sa position préférée, et des coups de pied arrêtés infructueux. Patience et détermination. Pierre Sage semble en inspirer beaucoup, lui qui avance ses suggestions, ses correctifs, ses consignes, avec la certitude, depuis la contre-performance à Metz, qu’il sera entendu par son groupe.
Pas le droit à l’erreur
Depuis cette défaite fin octobre, Lens se montre de plus en plus injouable, prêt à profiter du moindre errement de ses adversaires. Cela donne, sur sept journées de L1, sept victoires dont quatre à l’extérieur, et dix-sept buts marqués contre trois encaissés. La bourde est venue cette fois-ci d’un milieu de dix-sept ans, auteur d’une talonnade malheureuse en direction de Wesley Saïd. Il n’en demandait pas tant, lui qui enchaîne les rencontres complètes – alors qu’on le voyait comme fragile ces quatre dernières saisons – et les gestes décisifs.
La suite a confirmé une statistique sur laquelle nous n’aurions pas parié : les treize fois où les Sang et Or ont ouvert le score lors de cette première moitié de saison, ils ont gagné. Alors certes, ils ne se sont pas montrés brillants à Toulouse et ont commis des imprécisions balle au pied. Néanmoins, comme beaucoup d’autres adversaires avant lui, le Téfécé est resté contenu loin du but de Robin Risser. Et la fin de la rencontre a effacé l’impression persistante de lacunes dans la surface. Demi-volée de Rayan Fofana, but d’Adrien Thomasson. Passe d’Adrien Thomasson, frappe d’Ismaëlo Ganiou. Ça fait 3-0. C’est juste, et c’est le haut niveau.
Implacable
Au degré d’exigence porté par le coach, le défenseur burkinabè de vingt ans, entre autres, s’est adapté très vite. Plus jeune encore, le Monténégrin Andrija Bulatović assume avec ses qualités propres, entre autres un pied droit diablement précis, le rôle délaissé au milieu par un Mamadou Sangaré qui brille en Coupe d’Afrique des nations. Citer tous les Lensois en réussite actuellement prendrait trop de temps. Ce qui frappe, c’est à quel point la rigueur tactique de ce RC Lens reste implacable.
Les entraîneurs de L1, alors qu’ils commencent à la connaître, et en font l’éloge, trouvent peu de recours. Presser haut est risqué, vu la vitesse à laquelle pistons et milieux lensois peuvent remonter le terrain. Rester bas, c’est l’assurance de courir dans le vide pour combler les espaces, remarquablement exploités par une équipe ayant maintenant accumulé du vécu ensemble.
Qu’est-ce qui pourrait aller mal pour nos Sang et Or ? Plein de choses bien sûr. Un certain relâchement par exemple. Des événements contraires, comme des indisponibilités de joueurs clés. Ou l’émergence de doutes après une défaite, à Marseille ce mois-ci par exemple. Mais si on se met à la place de cet OM ou de Lille, tous deux battus à domicile en dégageant beaucoup trop de nervosité, on se dit que les huit points d’écart entre le haut et le bas du podium ne se combleront pas que par des coups du sort.

