L’absence d’Ismaëlo Ganiou est emblématique de toute la frustration des fans du club. Annoncé comme absent quelques jours, il a repris l’entraînement le jeudi, pour finalement être opéré dans la foulée. Un énième couac pour le club. Retour sur cette série de blessures et méformes qui illustrent peut-être quelque chose de plus profond.

Photo CSO
Les blessés
Il n’y a plus « que » quatre Lensois blessés à ce jour. Du plus grave au moins grave : Maik Nawrocki va louper la saison à la suite de sa rupture des ligaments croisés ; Ismaëlo Ganiou (genou) et Abdallah Sima (cuisse) reviendront dans quelques semaines ; et Jonathan Gradit (cuisse) devrait quant à lui être de nouveau disponible dans les prochains jours. Enfin c’est ce qu’on imagine. Car avec ce Racing, on sait quand les joueurs se blessent mais jamais quand ils reviendront.
La liste des joueurs qui ont été blessés ces dernières semaines est très longue. À ceux déjà cités, il faut rajouter Robin Risser, Ruben Aguilar, Nidal Čelik, Samson Baidoo, Jhoanner Chávez, Saud Abdulhammid, Yacine Titraoui et Odsonne Édouard. Une telle accumulation de pépins interpelle, sachant que l’hiver n’a pas commencé.
Les joueurs en méforme
En plus des blessés, il y a matière à s’interroger sur la forme de certains joueurs. Quid d’Odsonne Édouard, Thorgan Hazard et Jean-Clair Todibo ? Ces trois joueurs ont été ou sont à la peine physiquement sans pourtant revenir de blessure. Quant à ceux qui reviennent de l’infirmerie comme Samson Baidoo ou Amadou Haidara, quand seront-ils prêts à enchaîner les matchs de 90 minutes ? Enfin, il semblerait que deux joueurs aient disparu des radars sans qu’ils soient annoncés comme blessés : Chávez et Čelik. À court de forme ou simplement pas au niveau ? À leurs postes respectifs, il y avait pourtant des minutes à gratter…
Ainsi va la vie du groupe de Yannick Cahuzac, entre les éléments absents et ceux qui doivent être systématiquement remplacés en cours de partie. Un casse-tête permanent pour composer une équipe. Bien malin qui saurait dire son onze-type : le coach compose en permanence avec une multitude d’aléas physiologiques.
Fait et hypothèses
Tout cela interroge car on n’a pas de souvenirs d’une telle hécatombe au sein de l’effectif lensois. Il y a face à cela un fait : la succession rapide des matchs à enjeu, après un mauvais départ en Ligue 1 et avec la Ligue des Champions. Et aussi un tas d’hypothèses. Difficile de ne pas se poser de questions sur les compétences du staff médical lensois. Mais c’est probablement regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. Aussi faut-il se demander si les médecins et préparateurs physiques sont écoutés par le staff sportif. Que le problème vienne des uns ou des autres ne change rien au résultat : la communication autour des blessures de Gradit, Baidoo, Chávez ou encore Saud Abdulhammid aura été une cacophonie sans pareille.
De l’autre côté, est-ce que les joueurs ont une hygiène de vie irréprochable et compatible avec l’exigence supplémentaire qu’apporte la Ligue des Champions ? Et si oui, n’y aurait-il pas un climat favorable aux blessures ? Il a été démontré que les joueurs perturbés – parfois par des éléments extraprofessionnels – étaient plus susceptibles de se blesser.

Photo CSO
L’ambiance froide entre le clan Toppmöller et le staff « local », puis le changement inattendu d’entraîneur n’ont-ils pas été des facteurs d’inquiétude chez les joueurs, jusqu’à avoir une incidence sur leur physique ? Enfin, est-ce que les formats des entraînements et les exigences en terme de pressing ne seraient pas source de blessures ? Tous ces ennuis ont probablement des causes multiples, peut-être mal identifiées, appréhendées avec trop peu d’attention en interne.
Les limites du modèle lensois
Pour dézoomer totalement, absences et méformes sont probablement aussi la conséquence d’un modèle lensois qui a ses limites. Le Racing se donne une ambition européenne avec les moyens salariaux d’un club de milieu de tableau. Jean-Louis Leca, dans la construction de son effectif, avec le peu de marge financière dont il dispose, est alors contraint de bricoler et de faire en permanence des miracles. Ou du moins des paris.
Aussi s’intéresse-t-il, par exemple, à des joueurs que les autres clubs imaginent grillés ou en fin de carrière. Le pari fonctionne à merveille avec Florian Thauvin, snobé par certains parce que censément sur la pente descendante, mais en vérité dans une forme impeccable. Quand il retente le pari un an plus tard avec Thorgan Hazard, qui a une belle expérience en Ligue des champions, on sent que la réussite n’est pas la même, et que le joueur est en effet physiquement sur le déclin.
Le directeur sportif tente aussi de recruter des joueurs qui ont eu leur carrière entachée de blessures, et qui pourraient donc effrayer d’autres employeurs. Ça marche très fort avec Matthieu Udol, qui avec le Racing a fait oublier ses ruptures des ligaments croisés, pour être d’une disponibilité remarquable, à un poste exigeant. Avec Maik Nawrocki, c’est l’inverse. Le Polonais n’avait jamais connu de saison sans blessure…
Le RC Lens tâche sinon d’attirer des joueurs revanchards qui ont perdu leur place de titulaire. Et forcément leur condition physique. Cela ne s’est pas trop vu avec Odsonne Édouard – très affûté lors de sa première saison, beaucoup moins aujourd’hui. Cela a été plus compliqué avec Amadou Haidara, enfin en voie de renouer avec son meilleur niveau semble-t-il, ou avec Jean-Clair Todibo, qui a encore beaucoup d’efforts à fournir avant d’en arriver là.
Voilà les limites du modèle lensois : l’ambition de construire un effectif compétitif au sein du top 7 français sans bénéficier des moyens financiers d’autres clubs de ce gratin. Alors on ruse, on joue à quitte ou double, on tente des paris pour attirer des footballeurs de grand talent, sans devoir aligner la monnaie que cela suppose en temps normal. Tous ces paris ne finissent pas gagnants. Les joueurs souvent blessés ou à court de forme coûtent évidemment moins cher à recruter. Mais quand ils se montrent fragiles, l’investissement n’est pas toujours rentabilisé.

