Camille Salas, le gardien venu d’Afrique du Nord


Avant de participer aux premiers pas du RC Lens dans le football professionnel, Camille Salas s’était déjà forgé une solide réputation en Afrique du Nord. Né en Algérie française, gardien international et artisan de la montée des Sang et Or en première division, il a connu un parcours aussi riche que méconnu, entre les deux rives de la Méditerranée.

Camille Salas
Photo RCLens

Camille Salas voit le jour le 27 mai 1907 à Sidi-Bel-Abbès, au sud d’Oran, en Algérie française. Il est le fils de Miguel Antonio Salas, chef jardinier originaire de la ville, et de Francisca Cerdan (ou Serda), née à Beni-Saf. Quelques années plus tard, en 1913, naît son frère cadet Antoine, qui deviendra lui aussi un footballeur de renom.

Gardien de but, Camille fait ses premières armes au Sporting Club bel-abbésien (SCBA), où il s’impose rapidement comme l’un des meilleurs portiers de la région. Avec son club, il devient champion du département d’Oran et remporte à plusieurs reprises le championnat d’Afrique du Nord.

En 1927, alors que le jeune gardien effectue son service militaire au 16e régiment de tirailleurs algériens à Tlemcen, il est convoqué pour défendre les couleurs de la sélection d’Afrique du Nord face à l’équipe de France. Encore faut-il pouvoir rejoindre Paris. Obtenir une permission militaire se révèle particulièrement compliqué. Lorsqu’elle lui est enfin accordée, ses coéquipiers ont déjà pris la route vers le stade Buffalo, situé à Montrouge, en région parisienne. Camille doit donc entreprendre seul un véritable périple.

Le mardi midi, il embarque à Alger à bord du bateau La Martinique, chargé de rallier Marseille en un jour et demi. Mais le voyage tourne rapidement à la catastrophe. Dans la nuit de mardi à mercredi, vers cinq heures du matin, un accident de gouvernail survient alors que la mer est déchaînée et que souffle un vent violent. Privé de direction, le navire dérive vers les côtes africaines, en direction de Bône et Philippeville. Nécessitant près de vingt-quatre heures de réparation, cette avarie fait craindre le pire : Camille pourra-t-il arriver à temps pour disputer la rencontre ? Finalement, La Martinique rejoint le port de Marseille le vendredi matin. Le gardien peut alors poursuivre son voyage et rejoindre ses coéquipiers à Paris la veille du match.

Malgré tous ses efforts, la sélection d’Afrique du Nord s’incline lourdement, 7 buts à 2 face à l’équipe de France.

Au début des années 1930, Camille Salas poursuit sa carrière au Stade marocain de Rabat. En 1932, il est déjà considéré comme l’un des meilleurs gardiens d’Afrique du Nord et figure régulièrement dans la sélection régionale. Son frère Antoine évolue quant à lui à l’Olympique marocain, où il est surnommé « la Tour Hassan ». Capitaine de son équipe, il devient lui aussi une figure du football du Maghreb.

Pendant ce temps, en France métropolitaine, le Racing Club de Lens franchit un cap historique. En juin 1934, le club est admis pour la première fois dans le monde professionnel. Soutenus financièrement par les Mines de Lens, les dirigeants se lancent dans une vaste campagne de recrutement afin de bâtir une équipe capable de rivaliser avec les meilleurs équipes de deuxième division. Ils voient loin. Parmi cette vague de nouvelles recrues figure Camille Salas, qui quitte le Stade marocain pour rejoindre le bassin minier. Il est accompagné de son ami Gildo Rizzo, recruté en provenance de l’Olympique marocain. Ensemble, ils participent à la construction de la première équipe professionnelle du Racing.

Installé au 9 rue Déroulède à Lens (une voie aujourd’hui disparue), Camille participe aux premières saisons professionnelles du club. Avec une belle 5e place dès la première saison, les résultats continuent ensuite de progresser. Après une deuxième saison à la 4e place, le RC Lens décroche finalement le titre de champion de deuxième division lors de la saison 1936-1937, synonyme de montée historique en première division.

Camille Salas
Photo gallica.bnf.fr

Sur le plan personnel, l’année 1936 marque également un tournant pour Camille Salas. Le 27 juin, il épouse à Lens Adèle Aline Monchy, originaire de Gonnehem, dans le Pas-de-Calais. Lors de la saison 1935-1936, un autre joueur de l’Olympique marocain rejoint également les rangs du Racing : Abdeslam Ben Ahmed. Preuve des liens étroits qui existent alors entre le club lensois et le football nord-africain.

Après trois saisons en deuxième division, Camille Salas découvre enfin l’élite du football français lors de l’exercice 1937-1938. Toutefois, il doit composer avec la concurrence de Didier Roland, devenu titulaire dans les buts. Salas dispute malgré tout plusieurs rencontres et contribue au maintien du RC Lens. À l’issue de cette saison, il décide de se retirer du monde du football.

La Seconde Guerre mondiale vient ensuite bouleverser son destin. En 1940, Camille est fait prisonnier. (Son frère Antoine participe quant à lui à toute la campagne du Nord et des Flandres.) Ramené en France, il combat courageusement sur la Loire jusqu’à l’armistice signé le 22 juin 1940 entre le Troisième Reich et le maréchal Pétain. Camille retourne ensuite au Maroc et retrouve le monde du football en devenant entraîneur. Tout comme son frère qui prend à plusieurs reprise les reines de l’équipe de l’Olympique marocain.

Une dernière anecdote vient enrichir l’histoire familiale. Par sa mère, Camille Salas est lié par alliance à la famille du célèbre boxeur Marcel Cerdan, lui aussi né à Sidi-Bel-Abbès. Avant de devenir une légende des rings, Cerdan avait également pratiqué le football sous les couleurs de l’US marocaine.

Si son nom est aujourd’hui moins connu que celui de certains grands gardiens lensois, Camille Salas a pourtant accompagné l’une des périodes les plus importantes de l’histoire du Racing. Son parcours, entre l’Algérie, le Maroc et la France, mérite largement de retrouver sa place dans la mémoire des Sang et Or.

Sources :

  • Plaquette souvenir du cinquantenaire du Racing Club de Lens
  • Archives nationales ANOM
  • Généanet
  • L’Intransigeant – 24 et 25 janvier 1927
  • L’Écho du Maroc – 17 septembre 1942 / 3 août 1944 / 4 juillet 1934
  • La Vigie marocaine – 10 août 1940
  • Oran républicain – 31 août 1947
  • L’Écho des sports – 18 janvier 1938
  • Le Petit Marocain – 11 août 1940
  • Le Progrès de Sétif – 28 avril 1928
  • La Dépêche de Constantine – 24 janvier 1927
  • Le Journal du Maroc – 7 décembre 1933
  • Maroc Presse – 26 août 1954
  • L’Information méridionale – 12 juillet 1934

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